Face à la droitisation, la génération Z peut-elle ranimer l’esprit de Mai 68 ?
Les tendances à la droitisation de la vie politique et intellectuelle française s’inscrivent dans un contexte de perte de repères. Aujourd’hui, le discours à gauche ne prête guère à l’optimisme, se concentrant principalement sur les crises sans perspective à long terme, à l’exception des élections présidentielles de 2027. L’absence de vision à long terme est accentuée par des événements géopolitiques tels que la guerre en Ukraine et les conflits au Proche-Orient, qui semblent éloigner les préoccupations sociales internes des sociétés.
La droitisation du débat démocratique rejette les demandes sociales, les disqualifiant au nom de leur impact supposé sur l’économie, tout en désignant Mai 68 comme un coupable ayant sapé l’autorité et ouvert la voie à des mouvements jugés néfastes.
Le changement par le bas
Mai 68 a eu un impact durable sur la société, marquant l’entrée dans l’ère postindustrielle à partir de contestations populaires plutôt que de jeux politiques traditionnels. Cet héritage invite à considérer les mobilisations contemporaines non pas comme des crises, mais comme des conflits d’une nouvelle ère.
Des mouvements collectifs récents, comme ceux observés à Hong Kong, en Tunisie, ou en Iran, montrent une volonté de s’opposer à des pouvoirs autoritaires. Aujourd’hui, la génération Z, née entre 1995 et 2010, se mobilise dans divers pays, dénonçant la corruption et les inégalités sociales, et appelant à une démocratie élargie.
Et en France ?
En France, des mouvements tels que les gilets jaunes et les manifestations contre la réforme des retraites montrent des points communs avec la génération Z, touchant à des thèmes comme l’égalité, l’accès à l’éducation, et le refus de la corruption. Cependant, à ce jour, aucune action collective puissante de jeunes de type Gen Z n’a clairement émergé.
En démocratie, lorsque les demandes sociales ne trouvent pas de traitement politique, elles peuvent mener à la violence ou au découragement. Les forces extrêmes du spectre politique peuvent alors récupérer ces demandes pour les pervertir.
Changer de société
Des similitudes existent entre les mobilisations en France et celles de la génération Z, mais une distinction se dessine quant à leur rôle dans le changement sociétal. Les luttes récentes, bien qu’importantes, ne semblent pas dessiner un contre-projet de société.
Les analyses actuelles mettent en lumière la nécessité d’une société animée par ses mouvements et ses acteurs contestataires, où des dynamiques conflictuelles pourraient dessiner des contre-projets, comme le souligne la sociologie d’Alain Touraine.
Ne pas prendre en compte ces mobilisations, aussi faibles soient-elles, pourrait contribuer à la droitisation de la vie collective et favoriser les mouvements extrémistes.
Source : The Conversation

