Les Antilles face à l’accumulation d’algues : vers une valorisation en compost ou béton ?

Ces algues étouffent les Antilles : et si on les transformait en compost ou en béton ?
11 septembre 2026 à 16h00

Durée de lecture : 4 minutes

Les Antilles, confrontées à une prolifération inquiétante de sargasses, se retrouvent dans une situation alarmante. Frédérick Voyer, directeur du groupement d’intérêt public (GIP) Sargasses Martinique, indique : « Nous n’avons pas encore de chiffres précis, mais il est très probable que l’année 2026 soit identique à l’année 2025, voire pire ». Selon les prévisions de Météo-France, la saison des échouements pourrait être « parmi les plus intenses jamais enregistrées ». En Guadeloupe, après avoir collecté près de 152 000 m³ d’algues en 2025, le GIP local s’attend à des chiffres similaires pour 2026.

Cette situation n’est pas nouvelle, car depuis quinze ans, des centaines de milliers d’Antillais assistent à une augmentation constante des échouements de sargasses. Ce phénomène résulterait de modifications des courants marins qui ont dispersé ces algues loin de leur habitat naturel. Les sargasses trouvent désormais des conditions favorables à leur développement près des côtes antillaises, notamment des eaux chaudes et riches en nutriments. En se décomposant, elles relâchent dans l’air de l’hydrogène sulfuré et de l’ammoniac, tout en étant chargées en métaux lourds et en chlordécone, un insecticide toxique. Ces substances nuisent à la santé publique, à l’environnement et à l’économie locale, particulièrement dépendante du tourisme.

Décontaminer les sargasses

Malgré ces défis, l’Agence de la transition écologique (Ademe) souligne que les sargasses peuvent également être perçues comme une ressource. Charlotte Gully, ingénieur en économie circulaire à l’Ademe, explique : « Nous savons que ces algues peuvent être valorisées. L’entreprise Holdex Environnement, située au François en Martinique, parvient à faire un compost de qualité à partir des sargasses non contaminées au chlordécone ». Cependant, l’entreprise attend encore les autorisations administratives nécessaires à la décontamination des algues.

Frédérick Voyer précise que « la composition de la sargasse rend le processus de valorisation compliqué et coûteux. Il faut s’asr qu’il n’y ait pas d’arsenic, de chlordécone ou d’autres substances nocives ». En Guadeloupe, des chercheurs ont montré que le biochar, produit de la pyrolyse des sargasses, peut décontaminer certains sols chargés en chlordécone. La sargasse pourrait également servir de liant pour fabriquer du béton, des isolants ou des bioplastiques, mais le passage à une production industrielle reste problématique.

Les projets de valorisation sont nombreux, avec près de 50 propositions reçues par l’Ademe depuis mai 2026. Cependant, il est essentiel de distinguer les projets viables des initiatives opportunistes.

Le Mexique en exemple

Malgré la régularité des échouements, passer à une phase industrielle reste complexe. La saisonnalité des sargasses, qui se manifeste principalement entre avril et octobre, décourage les investisseurs. Clio Maridakis, docteure en biologie marine, explique que « les échouements massifs et constants depuis 2018 ne reflètent pas toujours la réalité, car en 2014 et 2015, aucune algue brune n’était arrivée sur les côtes antillaises ».

Les exemples de valorisation réussie dans les Caraïbes sont rares. Une étude a révélé que sur 28 pays concernés par les sargasses, seuls 17 parviennent à créer des filières de valorisation. Le Mexique, souvent cité en exemple, a récemment annoncé un plan de 158 millions de dollars pour la collecte des sargasses en mer, soulignant la difficulté pour des territoires comme la Martinique et la Guadeloupe de développer des filières de valorisation en raison de leur taille et de leur population.

La situation est d’autant plus préoccupante que, selon des observations satellitaires de l’Université de Floride du Sud, 38 millions de tonnes de sargasses flottent actuellement dans l’océan Atlantique et la mer des Caraïbes, une augmentation significative par rapport aux 22 millions de tonnes en 2022.

Les Antilles doivent relever ce défi urgent pour protéger leur environnement et leur économie.

Source : Météo-France, Ademe, Université de Floride du Sud.

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