Roch Smets critique le projet d’airbag géant autour de la Terre contre les tempêtes solaires.

Roch Smets, physicien : « Le projet d'airbag géant autour de la Terre pour nous protéger des tempêtes solaires me désole »

Le projet d’airbag géant autour de la Terre pour nous protéger des tempêtes solaires me désole

Une équipe de physiciens de l’espace a proposé un projet audacieux visant à protéger la Terre des tempêtes solaires, qui peuvent provoquer des coupures d’électricité massives en quelques heures. Baptisé StormWall, ce système repose sur l’idée d’une flotte de satellites libérant du gaz ionisé en orbite géostationnaire pour atténuer l’intensité des tempêtes géomagnétiques. L’étude, publiée en juin 2026 dans la revue Space Weather, a été menée par Brian Walsh (Center for Space Physics, Boston University), Daniel Welling et Zihan Huang (Department of Climate and Space Sciences and Engineering, University of Michigan).

Les simulations réalisées par l’équipe indiquent qu’une telle flotte pourrait réduire l’intensité d’une tempête géomagnétique majeure de 50 % ou plus. Cependant, les auteurs soulignent que ces résultats doivent encore être validés par des tests réels avant tout déploiement.

Un airbag magnétique testé sur la tempête de mai 2024

Le principe de StormWall repose sur la reconnexion magnétique, un phénomène par lequel le vent solaire transfère son énergie au champ terrestre. Pour diminuer ce transfert d’énergie, les chercheurs envisagent d’injecter du plasma froid le long de la magnétopause, côté jour. Les simulations ont été testées sur la tempête « Gannon » du 10-11 mai 2024, l’une des plus puissantes des deux dernières décennies. Selon le modèle, six satellites virtuels, chacun libérant 1,27 kg de matière par seconde pendant quatorze heures, suffiraient à faire chuter l’indice AE de 1 600 à moins de 250 nanoteslas, soit une réduction de plus de 84 %.

Un dispositif jugé réalisable, mais une seule simulation

L’ensemble du système nécessiterait environ 436 tonnes de matériel à placer en orbite, ce qui pourrait être réalisé en quelques lancements avec un lanceur comme le Starship de SpaceX. Le dispositif fonctionnerait de manière similaire à un airbag automobile, prêt à se déclencher en cas de besoin.

Cependant, Roch Smets, physicien des plasmas au Laboratoire de physique des plasmas (LPP, CNRS/École Polytechnique), émet des réserves sur cette méthode. Il souligne une incohérence géométrique : la reconnexion magnétique se produit typiquement à 10 rayons terrestres, tandis que l’injection de plasma est prévue à 6,6 rayons terrestres. De plus, il note que l’étude repose sur une seule simulation, ce qui n’est pas conforme aux pratiques habituelles de la communauté scientifique.

Un précédent qui inquiète : l’opération Starfish Prime

Sur le plan environnemental, Smets rappelle que la magnétosphère est principalement composée de plasma d’hydrogène. L’introduction de substances chimiques étrangères, comme le baryum ou le lithium, pourrait entraîner une forme de pollution dont les effets à long terme demeurent incertains. Il évoque l’opération Starfish Prime, un essai nucléaire de 1962, dont les répercussions sont encore mesurables des décennies plus tard.

Au-delà des préoccupations physiques, le chercheur met en garde contre une forme de « technosolutionnisme », une tendance à vouloir contrôler les phénomènes naturels. Il insiste sur l’importance de comprendre les mécanismes de la météo spatiale plutôt que de tenter de les modifier.

Une protection qui dépasserait la seule météo spatiale

Le principe de StormWall pourrait également avoir d’autres applications, comme la dispersion des radiations après une explosion nucléaire en altitude. Les chercheurs présentent ce projet comme une protection pour une société de plus en plus dépendante de l’électronique, face à un risque naturel jusqu’ici seulement anticipé.

Source : Walsh, B. M., Welling, D. T., & Huang, Z. (2026). “Terrestrial space weather protection through human-produced mass-loading”. Space Weather, 24, e2025SW004846.

Source

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *