Sous-indexer les retraites des plus riches : une fausse bonne idée ?
À partir de quel seuil un retraité peut-il être considéré comme riche ? 2 000 euros ? 3 000 euros ? 4 000 euros ? Cette question revient régulièrement, notamment en période de bouclage de budget. Depuis la fin de l’été, les plus de 17 millions de retraités français, en particulier les plus fortunés, sont de nouveau dans le viseur du gouvernement pour réaliser des économies.
En 2014, une sous-indexation temporaire des retraites de base avait été mise en place sous le mandat de François Hollande. Plus récemment, en 2024, le gouvernement Barnier avait proposé un gel des pensions, décalant de six mois la revalorisation des retraites. François Bayrou, son successeur, avait également envisagé de supprimer l’abattement de 10 % dont bénéficient les retraités pour le calcul de l’impôt sur le revenu.
Cette année, le Premier ministre Sébastien Lecornu propose une nouvelle approche : une sous-indexation, voire un gel des pensions par rapport à l’inflation, tout en excluant les petites retraites du dispositif.
Les plus modestes seront-ils épargnés ?
D’un point de vue budgétaire, cette me pourrait sembler attrayante. Avec une inflation autour de 2 %, désindexer l’ensemble des pensions de base de l’évolution des prix pourrait générer une économie de près de 6 milliards d’euros pour l’année 2027. Cependant, la question se pose : où placer le curseur pour éviter de pénaliser les plus modestes ? Selon des pistes évoquées à Bercy, cibler les retraités percevant plus de 3 000 euros brut par mois (8 % des retraités) serait moins rentable, atteignant à peine le milliard d’euros. Pour des effets significatifs, le seuil devrait être abaissé à 2 000 euros, touchant ainsi un quart des retraités.
Mickaël Zemmour, économiste, souligne que « si désindexer les pensions de retraite peut rapporter beaucoup, c’est surtout parce qu’il y a beaucoup de retraités, pas parce que les pensions sont très hautes ».
Le risque de rompre le contrat social
Alors que le gouvernement appelle à la justice sociale, ce ciblage d’une catégorie pourrait introduire une rupture d’égalité de traitement entre les retraités et remettre en question la philosophie même du système contributif. Les salariés cotisent en fonction de leur salaire, et le niveau de leur retraite est un reflet de leur carrière.
La question de savoir si les retraités sont privilégiés par rapport aux actifs se pose également. Bien que les retraités soient majoritairement propriétaires, cela ne justifie pas une opposition entre les générations. Hippolyte d’Albis, économiste, rappelle que la solidarité intergénérationnelle existe et que les seniors aident souvent leurs enfants et petits-enfants.
Par ailleurs, les retraités sont confrontés à une hausse des dépenses liées au grand âge, avec une augmentation de 4 % du coût d’un hébergement en Ehpad en 2024 et une hausse de 7,3 % des cotisations pour les contrats individuels en complémentaire santé.
Recourir à d’autres outils ?
Le décès d’Édouard Balladur a rappelé que son choix en 1993 de ne plus indexer les retraites sur les salaires mais sur l’inflation a eu des conséquences sur le niveau de vie des pensionnés. Les réformes successives ont également prolongé la durée de cotisation et repoussé l’âge de départ, contribuant à une pression financière sur les retraités.
Les retraités participent déjà à l’effort collectif, notamment avec la sous-indexation de la retraite complémentaire Agirc-Arrco, et ils s’acquittent de la Contribution sociale généralisée (CSG). La suppression de l’abattement forfaitaire de 10 % est souvent évoquée, mais elle toucherait également la classe moyenne supérieure des retraités.
Pour une taxation plus équitable des retraités riches, certains économistes suggèrent de taxer le patrimoine des plus aisés, élargissant ainsi l’assiette des contribuables concernés.
Source : Alternatives Économiques, 2026.

