Crise du logement : l’UE frappe fort contre les locations touristiques
Le 9 septembre 2026, la Commission européenne a introduit l’Acte européen pour le logement abordable, une législation visant à donner aux autorités locales les moyens de limiter les locations touristiques de type Airbnb dans les zones où le marché immobilier est particulièrement tendu. Cette initiative a pour but de freiner la hausse des prix qui rend l’accès au logement de plus en plus difficile pour de nombreux Européens. Cependant, les plateformes de location critiquent cette régulation, la qualifiant d’excessive et soulignant des problèmes structurels plus profonds dans le secteur.
Une crise du logement abordable en Europe
D’après la Commission européenne, plus de 50 % des citadins européens estiment que le logement constitue un problème urgent. Entre 2015 et le troisième trimestre 2025, les prix des maisons en Europe ont augmenté de 64,9 %, tandis que les loyers ont progressé de 21,8 %. Cette situation a des répercussions sur la mobilité professionnelle et éducative des jeunes, affectant ainsi la compétitivité de l’Union européenne. Au premier trimestre 2026, les prix de l’immobilier résidentiel ont encore connu une hausse de 5,1 % par rapport à l’année précédente, et les loyers ont augmenté de 3 %, selon Eurostat. Dans certains États membres, comme la Croatie, les loyers ont grimpé de 21,9 %. La Commission estime qu’il sera nécessaire de construire 2 millions de logements par an d’ici 2035 pour répondre à la demande actuelle.
Impact des locations courte durée et cadre législatif
La montée en puissance des locations touristiques aggrave la crise du logement dans des villes attractives telles que Paris, Barcelone et Berlin. La Commission reconnaît que ces locations ont contribué à l’augmentation des prix dans certaines zones, même si d’autres facteurs jouent également un rôle. L’Acte européen pour le logement abordable vise à corriger cette distorsion économique.
Présenté par Teresa Ribera, vice-présidente exécutive de la Commission, le texte établit un cadre légal harmonisé au niveau européen. Il permet aux municipalités de réguler les locations touristiques avec le soutien de Bruxelles, en définissant les zones sous tension sur la base de critères économiques et d’une preuve de l’impact négatif des locations de vacances. Les municipalités pourront ainsi limiter ces locations, imposer des quotas ou exiger des autorisations préalables, tout en préservant la flexibilité pour les propriétaires de résidences principales.
Conséquences économiques pour divers acteurs
L’Acte modifie les dynamiques du marché du logement européen. Les plateformes de location touristique, telles qu’Airbnb, pourraient voir leur offre diminuer dans les grandes villes, entraînant une baisse des transactions et des revenus. George Mavros, d’Airbnb, souligne que l’accent devrait être mis sur la construction et la rénovation pour résoudre la pénurie de logements. Les investisseurs dans la location saisonnière devront adapter leur modèle, certains se tournant vers la location longue durée, ce qui pourrait modérer les prix du marché résidentiel.
Les professionnels du tourisme doivent également s’adapter à une offre d’hébergement potentiellement réduite, ce qui pourrait avantager les hôtels, mais aussi entraîner une hausse des prix pour les touristes. Les villes seront confrontées à la nécessité d’équilibrer la préservation du tissu résidentiel avec l’attractivité touristique.
Débats et perspectives législatives
L’Acte suscite des réactions variées : les municipalités le soutiennent, tandis que les acteurs économiques critiquent une approche jugée dirigiste. Airbnb affirme que les locations touristiques ne représentent qu’une petite partie du parc immobilier et plaide pour des investissements dans la rénovation urbaine. Alexandre Roure de CCIA Europe met en garde contre l’absence de contrôle indépendant, craignant une application arbitraire des restrictions.
Le texte doit encore être approuvé par le Conseil de l’UE et le Parlement européen. Les négociations s’annoncent difficiles, certains pays soutenant les restrictions, d’autres appelant à des assouplissements. Le processus législatif pourrait prendre entre 12 et 18 mois avant que l’Acte ne soit intégré dans les législations nationales, un parcours qui pourrait évoluer selon les compromis politiques et les résistances économiques.
Source : Commission européenne

