Seconde main : le réemploi solidaire, la seconde chance de la mode
Alors que la mode de seconde main n’a jamais été aussi populaire – un·e Français·es sur deux déclare avoir acheté un produit de seconde main dans les 12 derniers mois – Oxfam France alerte sur les profondes différences d’impacts sociaux et environnementaux entre les modèles qui la portent. Avec cette première étude sur le sujet, Oxfam dénonce l’essor d’une « fast seconde main » des plateformes numériques et des grandes enseignes lucratives, au détriment des structures solidaires, historiquement pionnières du réemploi textile.
Eloïse Bazin, chargée de plaidoyer d’Oxfam France sur les sujets de modes durables et d’économie sociale et solidaire, souligne : « Consommer de seconde main reste largement préférable à l’achat neuf. Mais acheter d’occasion auprès des associations, c’est encore mieux ! »
Une révolution de la seconde main captée par les logiques de marché
La seconde main est souvent présentée comme une solution à la crise écologique et textile. Cependant, les structures historiques du réemploi solidaire sont aujourd’hui plus fragilisées que jamais. La croissance du marché de la seconde main profite de plus en plus aux plateformes d’e-commerce et aux grandes enseignes de fast fashion qui intègrent ce modèle dans leur stratégie commerciale. Sous couvert d’économie circulaire, ces acteurs développent de nouveaux marchés sans remettre en cause leur modèle économique, à l’origine de la crise textile.
Les textiles les plus valorisables, dits « la crème », sont ainsi détournés des circuits solidaires historiques, menaçant le modèle économique des structures qui assuraient jusqu’ici la collecte, le tri, le réemploi et le renforcement du tissu social.
Le réemploi solidaire : une autre vision de l’économie
Les structures du réemploi solidaire, telles que les associations et ressourceries, poursuivent une mission d’intérêt général. Elles visent à réduire les déchets, créer des emplois locaux et non délocalisables, accompagner des personnes éloignées de l’emploi, et rendre les vêtements accessibles aux ménages modestes. L’argent généré est réinvesti pour poursuivre ces missions sociales et solidaires.
Eloïse Bazin explique que les acteurs de la seconde main lucrative choisissent de capter les vêtements de meilleure qualité, laissant le reste de la gestion des déchets aux acteurs de l’économie sociale et solidaire, qui se retrouvent submergés par des quantités astronomiques de vêtements. Cela soulève une question politique sur le modèle de seconde main que la société souhaite adopter.
Recommandations concrètes d’Oxfam
Oxfam propose plusieurs recommandations pour orienter le marché de l’occasion vers des modèles plus durables. Parmi celles-ci :
- Réduire de 30 % les volumes textiles mis sur le marché d’ici 2035, car la seconde main ne pourra jamais compenser une production continue de vêtements neufs.
- Financer durablement le réemploi solidaire, en consacrant au moins 10 % des éco-contributions aux fonds de réemploi et réutilisation, réservés aux structures de l’Économie Sociale et Solidaire.
- Réformer la gouvernance des filières à Responsabilités Élargies des Producteurs, afin d’impliquer toutes les parties prenantes dans les décisions concernant la réduction des déchets.
- Déployer un plan national pour les infrastructures, la formation et les emplois du réemploi solidaire, notamment en milieu ultramarin.
Ces recommandations visent à construire une filière textile plus juste et plus locale, en faveur d’une transition écologique et sociale.
Source : Oxfam France

