Secrets de famille : enjeux légaux et sociaux en France face à la révélation des vérités cachées

Que faire de nos secrets de famille ?

Que faire de nos secrets de famille ?

Les secrets de famille, tels que les incestes tus, les pères cachés, et les mères disparues, continuent de hanter les générations. Ces silences familiaux laissent des traces durables, souvent bien après leur découverte. Dans ce contexte, Ali Rebeihi a reçu la romancière Anna Ostasenko-Bogdanov, qui publie Rappelle-moi ma belle (Jean-Claude Lattès), une œuvre dédiée à son père, Igor Bogdanoff, et à sa famille qualifiée de « dysfonctionnelle ». Elle était accompagnée du psychiatre Serge Tisseron, auteur d’un Que sais-je ? sur la question des secrets de famille. Ensemble, ils ont exploré les mécanismes de transmission de ces silences et les conditions d’une révélation apaisée.

Une enquête familiale sur trois générations

Pour comprendre son père, décédé en janvier 2022, Anna Ostasenko-Bogdanov a retracé l’histoire de sa famille jusqu’à son arrière-grand-mère, la comtesse austro-hongroise Bertha von Kolovrat-Krakowska, surnommée Istenne. Cette dernière avait fui Vienne en 1925, enceinte d’un ténor afro-américain, avant d’écarter sa fille métisse pour élever ses petits-fils, Igor et Grishka, dans un environnement décrit par l’autrice comme destructeur. Elle a déclaré : « Il y a eu vraiment un travail d’archéologue, j’ai exhumé (.) des pièces à conviction ». Par des cassettes oubliées, elle a découvert un inceste subi par son arrière-grand-mère.

La honte, moteur silencieux de la transmission

Selon Serge Tisseron, l’émotion centrale derrière un secret de famille est souvent la honte, qu’elle soit liée à un événement caché ou simplement imaginée par l’enfant face au silence des adultes. Il explique : « L’enfant, quand il ne parle pas de quelque chose à ses parents, en général c’est qu’il en a honte, donc il projette sa propre honte ». Ce mécanisme peut mener à des familles évitant les sujets sensibles, devenant ainsi des « familles mortes », où les échanges véritables sont rares.

Plusieurs auditeurs ont partagé leur expérience : Murielle a appris à 69 ans, par un test ADN, que son père n’était pas son géniteur. Marc a recueilli les aveux tardifs de son père, ancien soldat de la 2ᵉ DB, concernant un massacre survenu après la libération du camp de Dachau. Pour Tisseron, ces révélations, même tardives, offrent une nouvelle perspective sur la vie : « Le secret ne libère personne de ses chaînes (.). Mais il permet à ceux qui ont envie de réexaminer leur vie, leur choix, à la lumière de ce qu’ils ont découvert. »

Quand et comment révéler un secret

Tisseron insiste sur l’importance du moment pour aborder un secret : « Dès qu’on se demande si on en parle ou pas, c’est le moment d’en parler », car l’hésitation peut être perçue par l’entourage et alimenter le malaise. Il recommande également d’aborder un secret confié à plusieurs membres d’une même famille en même temps, pour éviter les rivalités affectives.

Face à une auditrice hésitant à informer ses filles adolescentes du suicide de leur grand-père, Tisseron a conseillé de rasr l’enfant sur sa propre innocence et de répondre progressivement aux questions, sans anticiper une curiosité qui ne se manifeste pas encore : « Un enfant ne pose pas des questions dont il craint d’avoir la réponse. »

Pour Anna Ostasenko-Bogdanov, écrire ce livre a été un moyen de rendre justice à une parole étouffée, celle de son arrière-grand-mère, enregistrée mais jamais écoutée. Elle a affirmé : « Pour moi, c’était vraiment un devoir de restituer cette parole. »

Source : France Inter

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