La contre-attaque du Canada sur les droits de douane va-t-elle pénaliser son économie ?
La guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis entre dans une phase active. Depuis le 8 septembre 2026, Ottawa applique des droits de douane de 15 %, 25 % ou 50 % à plus de 700 catégories de produits américains. Cette me fait suite à l’échec des négociations du 21 août entre les deux pays et à la décision de l’administration Trump d’augmenter les droits de douane sur des marchandises représentant environ 5 % des exportations annuelles canadiennes vers les États-Unis, incluant des produits tels que les meubles, la machinerie électronique et les vêtements. Le président américain a également annoncé l’application de ces droits sur les voitures et pièces détachées canadiennes à compter du 1er janvier 2027.
Moins de 24 heures après la mise en place des contre-tarifs canadiens, Donald Trump a signé cinq décrets supplémentaires, étendant les droits de douane de 50 % à d’autres produits comme le fromage, le papier, l’acier, l’aluminium et les matelas à partir du 15 septembre. Il a aussi ordonné le retrait des produits canadiens des achats des agences gouvernementales et annoncé l’interdiction d’importation de certaines marchandises canadiennes, y compris certains produits laitiers et le sirop d’érable.
Imbrication des économies
Pour le Canada, qui exporte encore 70 % de ses produits vers les États-Unis, la situation devient préoccupante. Les économies canadienne et américaine sont profondément imbriquées, avec des marchandises qui traversent plusieurs fois la frontière au cours de leur fabrication. À un taux de 50 % de droits de douane, certaines productions canadiennes pourraient devenir trop coûteuses pour leurs clients américains. Diya Jiang, chercheuse à l’Université McGill, souligne que ces nouveaux droits de douane ajoutent une dose d’incertitude, rendant difficile la planification des investissements.
Cette nouvelle salve pourrait amputer la croissance canadienne d’environ un demi-point, selon une analyse de la Banque de Montréal. Bien qu’un accord semblait possible peu avant la rupture des négociations, des divergences sur des secteurs cruciaux ont bloqué le processus.
Conséquences économiques
Toute l’économie canadienne ne sera pas touchée de la même manière par ces nouvelles mes. La majorité des exportations canadiennes vers les États-Unis ne sont pas concernées par les droits de douane. Cependant, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante estime qu’environ 40 % des petits exportateurs sont affectés par ces nouveaux droits de 50 %. Une analyse de l’économiste Trevor Tombe, de l’Université de Calgary, estime que 90 000 emplois pourraient disparaître au Canada en raison de ces mes.
Les représailles canadiennes, bien qu’elles visent à faire pression sur les États-Unis, entraîneront également des coûts pour les entreprises canadiennes qui dépendent de fournitures américaines. Jasmin Guénette, vice-président de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, rappelle que plus de 50 % des petites entreprises importent des biens des États-Unis.
Face à un voisin devenu hostile, le gouvernement canadien cherche à diversifier ses échanges commerciaux, notamment en se tournant vers l’Union européenne et en multipliant les démarches en Asie. Cependant, remplacer un marché aussi important que celui des États-Unis prendra des années.
Conclusion
Les grandes banques canadiennes jugent pour l’instant l’économie du pays résiliente, et la Banque royale du Canada évoque un « supercycle » d’investissements. Toutefois, la guerre commerciale ébranle la confiance qui a longtemps caractérisé les relations entre les deux pays. Plus que les droits de douane eux-mêmes, ce sont les certitudes perdues qui pourraient coûter le plus cher au Canada.
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