Souveraineté numérique : les solutions européennes, pas à la hauteur des grands groupes ?
Les grandes entreprises françaises reconnaissent leur dépendance vis-à-vis des fournisseurs numériques étrangers comme un risque majeur, selon le Baromètre 2026 de l’écosystème d’innovation français, co-publié par France Digitale et EY. Pour la première fois, cette étude a interrogé à la fois des grands groupes et des startups, ainsi que des fonds de capital-risque et des structures d’accompagnement, en se focalisant sur les attentes de chaque acteur en vue de l’élection présidentielle de 2027.
Un risque reconnu de dépendance numérique, mais une réalité encore mal chiffrée
Le segment du baromètre dédié aux grands groupes repose sur 21 répondants. Parmi eux, 90 % considèrent que leur dépendance à certains fournisseurs est devenue un risque. Cependant, 65 % d’entre eux ne savent pas quelle part de leurs dépenses numériques est allouée à des prestataires extra-européens. Le rapport souligne une dépendance similaire à celle observée chez les startups, avec un manque de me quantifiée. Les grands groupes se retrouvent dans une situation délicate, admettant un risque sans pouvoir le quantifier, alors que le débat sur l’autonomie technologique européenne prend de l’ampleur.
En revanche, les startups interrogées révèlent qu’en moyenne, 37 % de leurs dépenses en outils numériques sont réalisées auprès de fournisseurs non européens, et une entreprise sur cinq se dit complètement dépendante de solutions étrangères pour au moins un de ces usages.
L’offre européenne, une alternative crédible pour les grands groupes ?
Le rapport suggère que cette prise de conscience pourrait ouvrir des opportunités pour les acteurs français et européens. Seuls 10 % des grands groupes évoquent l’absence d’alternatives comme raison de leur dépendance. Cela indique que la question ne relève pas uniquement d’une contrainte, mais d’un choix entre performance et réduction des risques.
Un basculement conditionné à la performance
Lorsque les grands groupes sont interrogés sur les facteurs qui les inciteraient à se tourner vers un fournisseur français ou européen, la qualité technique est citée en priorité par 76 % d’entre eux. Viennent ensuite la probabilité d’un arrêt brutal des solutions non européennes (71 %) et un cadre fiscal avantageux (57 %). L’accompagnement technique à la migration et la lisibilité de l’offre sont jugés moins déterminants.
Des entrepreneurs comme Jean-Urbain Hubau, directeur général de Doctolib, soulignent que « la vraie souveraineté n’est pas un repli, c’est un levier de compétitivité », ce qui renforce l’idée que les exigences de performance peuvent aussi être une opportunité pour les éditeurs européens.
Une diversification des fournisseurs déjà enclenchée
Les grands groupes ne souhaitent pas attendre d’avoir quantifié leur dépendance pour agir. La diversification des fournisseurs est citée par 74 % des répondants comme la première me pour réduire le risque de dépendance, suivie par le renforcement des coopérations sectorielles (68 %). La relocalisation partielle de la production et l’investissement en R&D sont mentionnés par 42 % des répondants. Toutefois, ce mouvement dépend de la disponibilité de solutions compétitives en termes de qualité et de prix.
Priorités d’origine européenne
Les répondants identifient trois domaines où un critère d’origine européenne devrait être appliqué en priorité : l’intelligence artificielle (57 %), le cloud (52 %) et les données sensibles (52 %).
Autres enseignements du baromètre 2026
Le baromètre offre également un aperçu de la santé de l’écosystème d’innovation français. La France compte environ 18 000 startups, avec une progression notable de 1 800 entreprises par rapport à l’année précédente. Les startups françaises ont levé 4,58 milliards d’euros au premier semestre 2026, un montant significativement inférieur à celui du Royaume-Uni et de l’Allemagne. De plus, 51 % des structures d’accompagnement constatent une baisse de leurs ressources publiques.
Source : Baromètre 2026 de l’écosystème d’innovation français, France Digitale et EY.

