Le carburant flambe beaucoup plus que le pétrole brut : un phénomène intrigant pour les banquiers centraux
Le Brent a franchi ce mercredi matin la barre des 100 dollars le baril, porté par l’escalade militaire entre les États-Unis et l’Iran. Toutefois, l’augmentation du prix du pétrole brut n’explique qu’une partie de l’envolée des prix à la pompe. La principale problématique réside dans le manque de capacités de transformation du brut en essence et en gazole.
En France, le prix du carburant ne semble pas près de baisser. Le gouvernement a indiqué ce mercredi qu’il restait « défavorable » à des « mes plus générales » d’aides pour faire face à la hausse des prix des carburants, évoquant notamment la « situation des finances publiques ». Ainsi, la solution pourrait venir des distributeurs, qui pourraient être invités à mettre en place des plafonnements, mais plus vraisemblablement du marché.
Cette hausse trouve son origine sur le marché pétrolier. Le Brent, référence mondiale, a atteint mercredi matin 100 dollars le baril pour la première fois depuis le 24 juillet. Il a enregistré une hausse de près de 17% en un mois et environ 25% depuis le début d’août. Ce mouvement s’explique par une « prime de risque » liée au Moyen-Orient, déclenchée par la destruction de cinq pétroliers iraniens par l’armée américaine et la riposte de Téhéran contre une base américaine en Jordanie, ainsi que par les attaques des Houthis contre des infrastructures énergétiques saoudiennes.
Le détroit d’Ormuz au centre des inquiétudes
Les investisseurs craignent non seulement une diminution des exportations iraniennes, mais aussi que les combats affectent les infrastructures pétrolières saoudiennes ou perturbent le trafic dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20% du pétrole consommé dans le monde. À 100 dollars, le Brent ne prend pas en compte une interruption totale des approvisionnements du Golfe, mais reflète plutôt un risque d’instabilité prolongée dans la région.
Plusieurs éléments empêchent une envolée des prix vers les 150 ou 200 dollars redoutés au début du conflit : les stocks constitués avant la guerre, les exportations américaines à des niveaux records, le ralentissement de la demande chinoise et le maintien d’une partie du trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz. Cependant, si des raffineries ou des terminaux saoudiens étaient durablement touchés, le Brent pourrait se rapprocher des 120 dollars, augmentant ainsi les répercussions à la pompe.
Le monde manque surtout de carburants raffinés
La hausse du pétrole brut ne raconte qu’une partie de l’histoire. Les consommateurs achètent de l’essence, du gazole ou du fioul, qui doivent être produits par des raffineries. Actuellement, le marché mondial souffre davantage d’une pénurie de produits raffinés que de pétrole brut. Plusieurs raffineries au Moyen-Orient et en Russie ont été endommagées ou fonctionnent au ralenti. Moscou a également restreint ses exportations de gazole en réponse aux attaques ukrainiennes.
Selon Russell Hardy, directeur général de Vitol, les exportations de produits raffinés du Moyen-Orient et de Russie ont diminué d’environ deux millions de barils par jour, représentant environ 2% de la consommation mondiale de pétrole mais une proportion bien plus élevée des échanges internationaux de carburants. Le transport des carburants se heurte également à des difficultés supplémentaires par rapport à celui du pétrole brut.
Une prime de 75 dollars pour le gazole
À Rotterdam, marché de référence pour l’Europe, le prix de gros du gazole est d’environ 175 dollars le baril, soit environ 75 dollars de plus que le Brent. Cet écart, connu sous le nom de « marge de raffinage », a triplé depuis le début de l’année, atteignant des niveaux exceptionnels. Cette prime indique une pénurie de capacités de raffinage.
Cette situation explique pourquoi le gazole augmente plus rapidement que l’essence en France. Son prix a gagné plus de 12 centimes par litre en un mois, et il est probable que les carburants restent chers même si le Brent se stabilisait ou chutait légèrement.
Les banques centrales surveillent désormais les raffineries
Cette déconnexion entre le pétrole brut et les carburants inquiète les banquiers centraux. Le gouverneur de la Banque d’Angleterre a récemment souligné l’importance d’observer les marges de raffinage plutôt que le seul prix du pétrole. La Banque centrale européenne a également mis en avant les risques inflationnistes liés à la faiblesse des capacités mondiales de raffinage.
La hausse du gazole impacte le transport routier, l’agriculture et la production de nombreux biens, se répercutant ainsi sur les prix payés par les ménages. La Banque d’Angleterre estime que l’énergie pourrait ajouter environ 0,4 point à l’inflation britannique au second semestre, dont 0,3 point pour les prix de l’essence et du gazole.
Perspectives défavorables
À court terme, les perspectives demeurent défavorables, notamment pour le diesel. Les experts prévoient que le marché restera tendu durant l’automne et probablement jusqu’à l’hiver, période pendant laquelle des opérations de maintenance réduiront temporairement la production de certaines raffineries, tandis que la demande de fioul domestique augmentera.
Source : BFM TV.

