« Ils vont tuer mon enfant dans le ventre » : Marina raconte le douloureux parcours de son IMG
C’était un choix très difficile. À seulement six mois de grossesse, en décembre 2017, Marina, alors âgée de 35 ans, apprend qu’elle attend une fille atteinte d’une malformation au niveau du pied. « Elle allait avoir un pied bot », explique-t-elle.
Pour se rasr, accompagnée de sa sœur, elle consulte des spécialistes des grossesses à risque. L’échographiste lui annonce alors une terrible nouvelle : sa fille est atteinte du « syndrome polymalformatif », un ensemble de malformations congénitales affectant plusieurs organes. « Elle avait les membres grippés, une rétroversion du menton, un espace au niveau des yeux et des dégâts neurologiques », se souvient Marina. L’annonce a été un choc, « comme une sorte de séisme à l’intérieur ».
Les risques ne concernaient pas seulement son enfant : « Les médecins ne savaient pas si j’allais pouvoir aller à terme. J’aurais pu aussi être en danger », explique-t-elle. Concernant sa fille, les médecins lui font comprendre qu’il est impossible de prédire sa viabilité : « J’aurais peut-être pu accoucher d’elle vivante, mais ça aurait peut-être pu durer quelques minutes, heures, semaines, on ne sait pas. »
Un colloque de dix médecins se réunit et, à l’unanimité, estime que l’interruption médicale de grossesse (IMG) est fortement conseillée. « Je me suis dit : ‘là ils vont tuer mon enfant dans le ventre’ », confie Marina. Les médecins justifient leur décision en indiquant que même si la grossesse arrivait à terme, « l’enfant serait un légume ».
Deux jours après, Marina et son conjoint acceptent l’IMG. « On s’est dit qu’on n’allait pas être égoïstes et vouloir un enfant à tout prix », précise-t-elle. Elle se rend seule à l’hôpital pour subir l’IMG. Enceinte de sept mois, elle reçoit une piqûre pour arrêter le cœur du bébé. « J’ai prié avec elle, je lui ai parlé », raconte-t-elle.
Au bout de dix-sept heures de travail, Marina accouche par voie basse. Ella, née le 24 janvier 2017 à 1h26, est administrativement déclarée « née sans vie ». Dans la salle, aucun cri de l’enfant ni de la mère. Quand elle porte sa fille dans ses bras, elle ne constate rien d’anormal. « J’étais très heureuse de la voir, elle était effectivement très belle. La seule chose qui m’a frappée, c’est qu’elle était pas du tout mal formée », décrit-elle. Cependant, les médecins la rasnt : son handicap majeur était neurologique et donc invisible à l’œil nu.
Après l’accouchement, les choix concernant les funérailles s’enchaînent. En désaccord avec son compagnon, Marina suit ses volontés : leur fille sera incinérée. Le couple n’est pas invité à la dispersion des cendres, ce qui laisse Marina déçue.
Pour le couple, Ella a existé. Il était hors de question de ne pas l’enregistrer sur le livret de famille, mais les démarches s’avèrent compliquées : « Ils nous ont envoyés de service en service. La mairie ne semblait même pas connaître la procédure », se révolte-t-elle. De plus, Ella n’a pas le droit d’avoir un nom de famille, car elle n’est pas née à terme. Marina se sent seule, sans soutien psychologique ni administratif.
Aujourd’hui, sa fille Ella a une place particulière dans la vie de sa maman. Si au début Marina culpabilisait de ne pas penser à elle chaque jour, aujourd’hui, ces pensées sont occasionnelles. « J’allume une bougie le 24 janvier », confie-t-elle. Sept mois après ce drame, Marina tombe enceinte de son fils, né en avril 2018 et en bonne santé. À l’âge de trois ans, elle évoque l’histoire d’Ella avec son fils, affirmant qu’il a le droit de savoir qu’il avait une petite sœur.
Près de dix ans après cette perte, Marina souhaite que l’IMG ne reste pas un sujet tabou et encourage les femmes à partager leur histoire.
Source : Parents

