Coma : Faut-il parler à une personne dans cet état ?
Raconter sa journée, dire « je t’aime », ou évoquer un souvenir : ces paroles ont-elles un sens lorsque la personne ne répond pas ? La science montre que l’absence de réaction ne suffit pas toujours à savoir ce qui se passe dans le cerveau.
Une personne dans le coma peut-elle nous entendre ?
C’est probablement la première question que se posent les proches. Et la réponse est frustrante : on ne peut pas l’affirmer pour chaque patient. Au sens médical strict, le coma correspond à un état d’inconscience profonde : la personne ne peut pas être réveillée, ne répond pas de manière volontaire aux stimulations et garde les yeux fermés, sans alternance normale veille-sommeil. Il ne faut pas le confondre avec l’ancien « état végétatif », aujourd’hui appelé syndrome d’éveil non répondant, dans lequel les yeux peuvent être ouverts.
Mais ne pas répondre ne signifie pas forcément que le cerveau ne traite aucune information. « Il faut distinguer l’audition, le traitement cérébral du langage, la compréhension et la conscience », explique la Dre Donia Mahjoub, neurologue.
L’étendue des lésions, la cause du coma, son degré ou encore une éventuelle sédation font toutefois varier considérablement ces capacités.
Coma ou état végétatif : que nous apprennent les études ?
Une vaste étude publiée en 2024 dans le New England Journal of Medicine apporte des informations importantes : parmi 241 patients qui ne répondaient pas de manière observable aux consignes, 60, soit 25 %, présentaient pourtant à l’EEG ou à l’IRM fonctionnelle une activité cérébrale compatible avec la réalisation d’une tâche mentale demandée. C’est ce que l’on appelle la dissociation cognitivo-motrice (DCM).
« Le patient ne répond pas cliniquement aux ordres mais l’électroencéphalogramme montre qu’il module volontairement son activité cérébrale lorsqu’on lui demande d’effectuer une tâche mentale. Cela démontre que l’absence de réponse observable n’exclut pas une cognition résiduelle », précise la neurologue.
Et en cas de coma artificiel, peut-on entendre ses proches ?
Le coma artificiel, qui correspond à une sédation profonde provoquée par des médicaments, n’est pas tout à fait comparable à un coma lié à une atteinte cérébrale. Sa profondeur peut varier et il est difficile de savoir ce qu’un patient perçoit. Certains patients racontent après leur réveil avoir conservé des souvenirs de voix ou de ce qui se passait dans leur chambre.
Faut-il parler à une personne dans le coma ?
Oui. « Sans considérer la parole comme un traitement capable de provoquer le réveil, continuer à parler au patient est tout à fait raisonnable », confirme la Dre Mahjoub. Une voix connue ou le prénom du patient pourrait même avoir une valeur particulière. Une étude a montré que 40 % des patients orientaient les yeux ou la tête vers leur propre prénom.
Comment parler à une personne qui est dans le coma ?
Pas besoin de chercher la phrase parfaite. L’essentiel est de rester simple, calme et familier. On peut dire : “Bonjour Paul, c’est Juliette, je suis à côté de toi.” Il faut utiliser sa voix habituelle, sans chercher à changer de ton.
Il est également conseillé de donner quelques nouvelles de la famille ou de rappeler un événement agréable, tout en évitant de parler sans interruption.
Que faut-il éviter de dire devant une personne dans le coma ?
Il est préférable d’éviter les disputes au pied du lit, les conversations catastrophistes, ainsi que les phrases du type « il ne nous entend de toute façon pas ». Parler de la personne à la troisième personne, comme si elle était absente, est également à proscrire.
Conclusion
L’absence de réaction visible ne permet pas toujours de savoir précisément ce qui se passe dans le cerveau. « On ne peut jamais garantir qu’un patient comateux entend consciemment son entourage, mais on ne peut pas non plus l’exclure », conclut la spécialiste.
Source : New England Journal of Medicine (2024)

