Ascenseurs en panne : méthodes pour les détecter rapidement en milieu urbain.

Ascenseurs en panne : comment les repérer à temps ?

Repérer un ascenseur ne garantit ni son accessibilité ni son fonctionnement. Cartographie, applications et télésurveillance tentent d’informer les personnes en situation de handicap avant qu’une panne ne bloque leur trajet.

Quand de fortes pluies étaient annoncées à Avignon, Guillaume Mautz savait qu’il risquait de ne plus pouvoir rentrer chez lui. Paraplégique, il vivait dans un immeuble dont le moteur de l’ascenseur était installé en sous-sol, dans une zone inondable. « Dès qu’il y avait des inondations, l’ascenseur était en panne. » S’il pouvait l’anticiper, il « dormait ailleurs » ou ne « bougeait pas de chez lui ». Sinon, il lui arrivait d’appeler un collègue en pleine nuit pour être porté sur son dos jusqu’à son appartement.

Son expérience résume l’enjeu : connaître une panne assez tôt peut changer tout un déplacement. Où est l’ascenseur ? Est-il adapté à son fauteuil ? Fonctionne-t-il au moment du trajet ?

OpenStreetMap fournit une première brique de cartographie ouverte. Ses données alimentent notamment Wheelmap, qui renseigne l’accessibilité en fauteuil de plus de 3,2 millions de lieux. HomeAccess va plus loin : son autodiagnostic d’ascenseur repose sur 37 points pour évaluer sa qualité d’usage selon différents profils. « Lorsqu’il y a un ascenseur, ce n’est pas pour dire qu’il est systématiquement accessible aux personnes en ‘chaise’ », rappelle Alain Meslier, délégué général de la Fédération des Ascenseurs. Dans le bâti ancien, certaines cabines restent trop petites pour un fauteuil.

Comment savoir si un ascenseur est en panne avant son trajet ?

Une question reste entière : l’appareil fonctionne-t-il maintenant ? Sébastian Dominguez, 19 ans, tente d’y répondre avec Balance ton ascenseur, un projet récent né des déplacements avec son frère, qui utilise un fauteuil électrique d’environ 130 kg. Face aux escaliers, « même avec toute la bonne volonté du monde, on ne passe pas », regrette-t-il.

La plateforme agrège des données de la Ville de Paris et de la SNCF, ainsi que des signalements d’usagers. Début septembre, elle répertoriait 2 054 ascenseurs publics en Île-de-France, dont 86 signalés en panne et 1 284 au statut inconnu faute d’informations suffisamment récentes. « Si on est au courant avant, on a juste à prendre un trajet différent », explique Sébastian Dominguez.

Télésurveillance : détecter une panne d’ascenseur à distance

Faut-il attendre qu’un usager arrive devant un appareil immobilisé pour connaître la panne ? Pas toujours. La télésurveillance permet déjà de faire remonter des anomalies de fonctionnement. Elle se distingue de la téléalarme, utilisée notamment par une personne bloquée en cabine pour joindre un centre d’appel. Avec des équipements connectés, certains défauts peuvent même être repérés avant l’arrêt complet de l’appareil.

Getraline, entreprise spécialisée dans la télésurveillance, affirme avoir raccordé un peu plus de 30 000 ascenseurs en France. Ses dispositifs suivent plusieurs paramètres et peuvent vérifier à distance qu’un appareil répond. Une cabine immobilisée entre deux étages est, par exemple, détectée immédiatement. La panne peut ensuite être transmise au mainteneur et au gestionnaire, qui peut également suivre l’arrivée du technicien et la remise en service.

Ascenseurs dans les transports : 98 % de disponibilité, mais des pannes bloquantes

Dans les transports, l’enjeu est très concret. Manel, qui se déplace en fauteuil en Île-de-France, évoque des ascenseurs « en panne pendant des semaines ». À Gare du Nord, elle raconte aussi devoir parfois attendre plusieurs rotations avant de pouvoir en emprunter un. « Ça aussi, pour moi, c’est inacceptable », as-t-elle au sujet des immobilisations prolongées.

Île-de-France mobilités recense 975 ascenseurs sur le réseau ferré : 246 dans le métro et 729 sur les RER et trains. L’autorité annonce une disponibilité de 98 à 99 % dans le métro et les RER A et B, et de 98 % sur les autres RER et trains. Les pannes courantes doivent être réparées dans les 48 heures suivant leur signalement. L’état des appareils est consultable sur son site et son application.

A la SNCF, une panne signalée en trois minutes

Ces moyennes ne disent pas tout d’un trajet individuel. Si l’unique ascenseur permettant de sortir d’une gare est en panne, quelques heures d’indisponibilité suffisent à rendre le parcours impossible pour une personne en fauteuil.

SNCF gares & connexions indique que, sur son périmètre francilien, « 95 % de l’information provient d’ascenseurs téléopérés ». Une alarme est analysée par son Centre de supervision unique avant l’envoi d’une demande d’intervention. En moyenne, environ trois minutes séparent l’alarme de cette demande, ensuite affichée en temps réel dans l’application Ma Gare. Pour les voyageurs ayant réservé une prestation d’assistance, SNCF déclare proposer un autre itinéraire ou moyen de transport si la gare devient inaccessible. Les pages d’accessibilité des gares SNCF affichent également l’état des ascenseurs en temps réel.

Données de panne d’ascenseur : pourquoi ne sont-elles pas mieux partagées ?

Mais détecter la panne ne suffit pas. Les données de télésurveillance appartiennent au propriétaire ou au gestionnaire de l’équipement, qui décide de leur utilisation. Interrogé sur ce qui empêcherait d’en transmettre une partie à une application destinée aux personnes à mobilité réduite, Tristan Azpitarte, de Getraline, répond : « Si les propriétaires des immeubles sont d’accord, rien ne l’interdit, finalement ».

L’association allemande Sozialhelden, à l’origine de Wheelmap, explore déjà cette logique avec Elevate, qui vise à rendre disponibles des données en direct sur les ascenseurs. Les outils existent donc pour localiser l’appareil, vérifier son accessibilité, détecter sa panne et prévenir l’usager, mais ils ne communiquent pas encore systématiquement entre eux.

Pour Alain Meslier, l’enjeu tient précisément à « la transmission de l’information à l’utilisateur ». Une panne restera parfois inévitable. Mais pour Guillaume comme pour Manel, la connaître assez tôt peut faire la différence entre adapter son trajet et se retrouver bloqué.

©Mr Vito de Getty Images / Canva

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