La bataille de la souveraineté se jouera-t-elle d’abord sur l’électricité ?
Arthur Mensch, cofondateur de Mistral AI, a souligné une réalité cruciale : le défi ne réside pas dans une pénurie de production d’électricité, mais dans l’incapacité physique des réseaux à transporter et délivrer l’électricité là où l’intelligence artificielle (IA) en a besoin.
L’intelligence artificielle est avant tout une affaire d’électricité. Chaque modèle d’IA, chaque requête et chaque datacenter consomme une quantité considérable d’énergie. En effet, les datacenters transforment de l’électricité en intelligence.
Dans cette nouvelle économie mondiale de l’IA, la compétition ne se limite pas aux modèles, logiciels ou talents. Elle dépend aussi de la capacité des États à produire une électricité abondante, compétitive et décarbonée. La France se distingue sur ce terrain grâce à ses ingénieurs et à son électricité bas carbone.
Historiquement, la souveraineté numérique a été envisagée à travers le prisme des semi-conducteurs et des plateformes technologiques. Cependant, l’essor de l’IA modifie cette perspective. Les besoins énergétiques des infrastructures numériques explosent, et les futurs datacenters IA pourraient consommer des quantités massives d’électricité, devenant ainsi des infrastructures énergétiques autant que numériques.
Cette transformation est déjà observable. Aux États-Unis, notamment en Virginie du Nord, devenue le premier hub mondial de datacenters, la consommation des serveurs représente environ 26 % de l’électricité totale de l’État. Face à cette demande croissante, les opérateurs locaux ont dû restreindre l’attribution de nouveaux contrats pour éviter des coupures d’électricité pour les particuliers. D’autres États, comme l’Oregon, l’Iowa ou le Nebraska, rencontrent des problèmes similaires. Pour pallier ces limites, les géants technologiques investissent dans leurs propres capacités de production énergétique, en dehors du réseau public, en utilisant des mix énergétiques variés, allant du gaz aux énergies renouvelables, voire au nucléaire.
Un défi majeur se pose alors : comment alimenter cette révolution technologique sans saturer davantage le réseau électrique national ?
La réponse pourrait résider dans la multiplication des points de production d’énergie solaire, verte et locale, à proximité des besoins. La France pourrait ainsi soulager son réseau et établir les bases énergétiques de sa souveraineté numérique. Les ombrières photovoltaïques, les toitures industrielles et le stockage par batterie pourraient devenir des infrastructures stratégiques pour l’économie de l’IA. Ce qui relevait hier de l’aménagement commercial pourrait se transformer en un enjeu de compétitivité technologique nationale.
En somme, l’essor de l’IA pourrait transformer parkings, entrepôts et zones commerciales en micro-sites de production énergétique, capables d’alimenter des usages numériques critiques. Les infrastructures énergétiques de proximité pourraient devenir des éléments essentiels de la compétitivité française dans le domaine de l’intelligence artificielle.
La bataille de l’IA ne se gagnera pas uniquement sur le plan algorithmique. Elle dépendra aussi de notre capacité à produire suffisamment d’électrons pour soutenir cette nouvelle révolution industrielle. La France a une opportunité historique de faire converger transition énergétique, souveraineté industrielle et développement de l’intelligence artificielle, à condition d’investir rapidement dans les infrastructures électriques nécessaires.
Source : Arthur Mensch, Mistral AI
