Ariane 6 : Vers un avenir habité pour l’Europe dans l’espace ?
Le 7 septembre 2026, Christophe Bruneau, président exécutif d’ArianeGroup, a annoncé lors d’une conférence de presse qu’Ariane 6 était techniquement capable d’accueillir des astronautes. Cette déclaration intervient à deux jours du sommet international de l’espace, qui se tiendra les 9 et 10 septembre au Grand Palais à Paris. L’Europe doit y clarifier ses ambitions face à un désengagement américain de plusieurs programmes communs, bien que cette affirmation reste pour l’instant d’ordre industriel et non politique.
Pour rendre Ariane 6 apte au vol habité, des adaptations sont nécessaires, notamment pour permettre à l’équipage d’interrompre une mission en cas de danger. Le pas de tir de Kourou doit également être modifié. Historiquement, Ariane 5 avait été conçue pour le vol habité, mais l’Agence spatiale européenne a abandonné ce projet en 1992, perdant ainsi son autonomie dans ce domaine.
Le concept de vaisseau habité, nommé Susie, a été présenté par ArianeGroup en 2022. Long de 12 mètres, il pourrait transporter jusqu’à cinq astronautes et 7 tonnes de fret, incluant un système d’éjection actif. Toutefois, Susie demeure un concept sans financement, et aucune mention n’a été faite de ce projet lors de la récente conférence.
Un surcoût évalué à 10 % du budget de l’ESA
Josef Aschbacher, directeur général de l’ESA, a évoqué le 2 septembre qu’ajouter une capacité de vol habité entraînerait une augmentation « très modérée » du budget, estimée à environ 10 % du budget actuel de 8,26 milliards d’euros pour 2026, soit un surcoût d’environ 830 millions d’euros par an. Actuellement, l’ESA achète des places sur des capsules de SpaceX pour ses missions, mais Ariane 6 pourrait offrir une alternative européenne.
Cependant, la question du nombre de fusées disponibles se pose. Ariane 6 doit réaliser 9 à 10 lancements par an dès 2027, représentant plus de 200 tonnes à placer en orbite. Aschbacher a alerté sur un risque de pénurie de lanceurs européens d’ici 2030. ArianeGroup et l’ESA examinent la possibilité d’augmenter le rythme de production, sachant qu’un lanceur comprend entre 200 000 et 300 000 pièces provenant de 600 fournisseurs dans 13 pays.
Décision finale en décembre à Rome
Les États membres de l’ESA se réuniront en conférence ministérielle à Rome le 15 décembre pour décider de l’avenir de l’exploration européenne. Ce sommet intervient dans un contexte de changement, avec les États-Unis ayant mis fin à la station lunaire Gateway dans sa forme initiale. Cette situation oblige l’Europe à évaluer sa dépendance aux États-Unis pour le transport de ses astronautes.
Les alternatives pour les vols habités sont limitées, avec la Chine et la Russie comme seuls autres acteurs. L’Inde prépare également son propre programme spatial. En affirmant qu’Ariane 6 est prête, ArianeGroup indique aux ministres que l’investissement nécessaire pourrait être moins élevé que prévu. Le lanceur existe déjà, étant financé et opérationnel.
Un sommet sans SpaceX ni Blue Origin
Le sommet parisien accueillera près de 120 délégations, bien que les géants américains aient annulé leur participation, probablement sous pression de la Maison Blanche. Dans le même temps, des avancées ont été réalisées par des entreprises chinoises, tandis que l’Europe n’a pas encore testé de fusée réutilisable. MaiaSpace, une filiale d’ArianeGroup, prévoit un premier vol orbital pour le second semestre 2027.
Ariane 6 pourrait donc être prête pour des missions habitées, mais la décision finale dépendra des gouvernements. Ceux-ci devront déterminer s’ils sont prêts à financer cette capacité, ou s’ils préfèrent retarder leur choix jusqu’en 2028.
Source : Science & Vie

