Bombardier : 56% de ses revenus sous la menace de Trump
Bombardier, dont 56% des revenus proviennent des États-Unis, fait face à une menace depuis le 7 septembre 2026 : Donald Trump envisage d’interdire ses ventes. Cette situation met en lumière la vulnérabilité structurelle du géant québécois, au-delà de la simple posture politique.
Un acteur majeur fragilisé par sa dépendance au marché américain
Depuis sa fondation en 1942, Bombardier s’est imposé dans l’aéronautique canadienne, notamment avec ses jets d’affaires de luxe des séries Global et Challenger. Le 7 septembre, Trump a révélé la dépendance de l’entreprise envers le marché américain, à la différence d’Airbus et Boeing, qui bénéficient de marchés domestiques diversifiés et protégés. Bombardier, en revanche, vend principalement à l’étranger.
En 2025, Bombardier a généré 5,3 milliards de dollars aux États-Unis, représentant 56% de son chiffre d’affaires. Cette concentration fait de chaque décision politique américaine un risque majeur. Radio-Canada souligne que cette dépendance expose l’entreprise aux tensions géopolitiques, alors que les contre-tarifs canadiens de 15% à 50% sur 28 milliards de dollars de produits américains entrent en vigueur le 8 septembre.
Un réseau de fournisseurs nord-américains menacé
Bombardier ne se contente pas de vendre aux États-Unis, elle y achète aussi. Son communiqué du 7 septembre mentionne que l’entreprise soutient des milliers d’emplois américains grâce à sa chaîne d’approvisionnement, comprenant environ 2 800 fournisseurs dans 47 États. Chaque année, 2,5 milliards de dollars sont dépensés auprès de ces fournisseurs en moteurs, avionique et autres composants. Une interdiction pourrait menacer ces emplois, du Texas à la Californie.
Le secteur aéronautique nord-américain pourrait connaître un effet domino. Chaque avion Bombardier intègre des composants de nombreux sous-traitants, touchant des centaines de PME. Une interdiction pourrait forcer les fournisseurs à licencier ou à réduire leurs investissements, fragilisant ainsi l’industrie américaine elle-même.
Conséquences potentielles sur l’emploi et la production
Bombardier emploie environ 20 000 personnes au Canada, dont 10 000 à Montréal. Une baisse significative des ventes américaines pourrait entraîner 5 000 suppressions de postes au Québec, principalement dans l’assemblage et l’ingénierie. Aux États-Unis, 3 000 emplois seraient également menacés. La première ministre québécoise Christine Fréchette a affirmé sur X que le Québec défendrait fermement ses entreprises et ses travailleurs.
Bombardier peut envisager trois stratégies : relocaliser partiellement l’assemblage aux États-Unis, ce qui coûterait entre 500 millions et 1 milliard de dollars ; diversifier géographiquement ses ventes, bien que ces marchés représentent déjà 44% des revenus ; ou engager des négociations politiques. Cette approche a réussi en 2017 lorsque les tarifs de 292% sur la C Series ont été annulés.
Analyse des experts : entre réalité juridique et stratégie politique
Mehran Ebrahimi de l’UQAM note que Trump ne peut pas interdire des avions déjà certifiés par la FAA. Toutefois, il pourrait imposer des droits de douane ou influencer les acheteurs gouvernementaux. Raphaël Jacob et Valérie Beaudoin de la Chaire Raoul-Dandurand estiment que Trump cherche à obtenir des concessions du Canada, notamment sur la certification des avions Gulfstream. Cette tension s’inscrit dans un contexte de remise en cause de l’ACEUM.
Source : Radio-Canada, Le Figaro.

