Plusieurs figures macronistes ou des Républicains plaident pour un mode de départage organisé en vue de la présidentielle de 2027. Cette idée, longtemps écartée après les défaites passées, revient au centre du jeu politique à droite et au centre, sur fond de multiplication des candidatures et de crainte d’une élimination dès le premier tour.
Edouard Philippe refuse d’en entendre parler, Gabriel Attal et Bruno Retailleau laissent l’idée prospérer. Les trois candidats déclarés dans l’ancien socle commun sont : Edouard Philippe (Horizons), Gabriel Attal (Renaissance) et Bruno Retailleau (Les Républicains). Tous redoutent l’hypothèse grandissante d’un second tour entre Marine Le Pen pour le Rassemblement national et Jean-Luc Mélenchon pour La France insoumise.
Depuis la rentrée, les initiatives se multiplient. « Comme personne ne se dégage et qu’il monte dans les sondages, tout le monde comprend qu’il faut trouver une solution », analyse Jean-Didier Berger (Les Républicains), ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur.
Divergences sur le périmètre et la méthode
Parmi les partisans d’une primaire, certains la veulent ancrée à droite, avec « droit d’inventaire de la Macronie » au préalable (Laurent Wauquiez), d’autres l’imaginent ouverte à la gauche sociale-démocrate (François Bayrou). Des représentants de l’aile gauche macroniste, Clément Beaune et Philippe Grangeon, excluent pour leur part, dans une tribune au site La Grande Conversation, des Républicains « tentés par une alliance avec l’extrême droite ».
Si les appels à se ranger derrière un candidat unique d’ici à la fin de 2026 fleurissent, ces injonctions au rassemblement restent incantatoires. « J’ai toujours affirmé qu’il ne faudrait qu’un seul candidat pour la droite et le centre, nous verrons ça en temps voulu », explique au Parisien, le 2 septembre, Gérard Larcher. Mais le calendrier et les modalités restent flous, et aucune des parties prenantes ne s’accorde sur le périmètre d’une éventuelle primaire.
Cette primaire tacite repose sur une règle consensuelle à l’origine : les sondages comme juge de paix. « Mais comme il n’y a aucune règle, personne ne sait quand ça va se terminer ni sur quelle base », souffle un conseiller Les Républicains. Pressés, les soutiens d’Edouard Philippe veulent siffler la fin de la partie au nom de l’avance, relative, de leur candidat dans les sondages. « Dans notre famille politique, il n’y a pas match, Edouard Philippe est le seul à pouvoir se qualifier au second tour », a insisté la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, le 31 août, sur BFMTV.
L’expérience des précédentes primaires nourrit la méfiance. En 2019, l’un des nombreux détracteurs de la primaire chez Les Républicains, François Baroin, proposait une solution radicale pour l’enterrer : « Il faudrait repérer un endroit type Bure pour l’enfouir », soufflait-il alors dans L’Express. La primaire apparaît pour ses promoteurs comme « le pire système à l’exception de tous les autres ».
Xavier Bertrand, échaudé par l’expérience de 2021, affirme « refaire le vaccin » contre la primaire chaque hiver. Un membre de l’équipe d’Edouard Philippe déplore : « On est déjà enfermés dans une primaire, on s’adresse à nos électeurs plutôt qu’aux Français. Et même si l’on appelle à se rassembler, comme dans toutes les primaires, le jeu est celui de la démarcation. »
Se démarquer et cogner. Gabriel Attal accuse Edouard Philippe de vouloir « recréer l’UMP d’il y a vingt ans, avec les gens d’il y a vingt ans », tandis que Bruno Retailleau prophétise le refus des Français de programmer « une saison 3 du macronisme ».
Edouard Philippe fait un autre pari : agréger autour de lui d’ici à l’automne un maximum de cadres des partis concurrents afin d’atrophier les candidatures de Gabriel Attal et de Bruno Retailleau. Il inaugure, mardi 8 septembre, son comité de campagne, élargi à des personnalités Les Républicains et macronistes récemment ralliées. Mais certains semblent se résoudre à le soutenir plus par pragmatisme que par adhésion.
Une organisation incertaine
D’autres sont plus impatients. « Si on n’organise pas très vite cette primaire, on aura plusieurs candidats et on regardera le second tour devant la télé avec une bière », prévient David Lisnard. La question d’une primaire pourrait être au menu, mercredi 9 septembre, du comité de liaison des partis du bloc central (Mouvement démocrate, Union des démocrates et indépendants, Parti radical, Horizons et Renaissance), auquel Les Républicains n’est pas invité.
Jean-Baptiste Moreau, ancien député Renaissance de la Creuse, met en garde : « La course de petits chevaux sans avoir travaillé sur une vision, un projet et un programme commun ne nous mènera qu’à la défaite et à un second tour LFI-RN. »
Si une figure de la droite comme la présidente Les Républicains du conseil régional d’Ile-de-France, Valérie Pécresse, voit les programmes des trois candidats « converger », les couteaux restent tirés. « Retailleau ne veut pas travailler avec nous », as l’entourage de Gabriel Attal. Les proches de Bruno Retailleau renvoient, eux, le trentenaire à son lointain et fugace passé d’adhérent socialiste.
Une primaire encore très incertaine
La droite et le centre comptent actuellement quatre candidats en lice : les ex-Premiers ministres Edouard Philippe et Gabriel Attal, Bruno Retailleau et David Lisnard. Mais, à ce stade, la perspective d’une organisation commune reste incertaine, faute d’accord sur les règles, le calendrier et le périmètre des participants.
Source : Journal du Net

