Pourquoi changer ?
La projection Mercator, conçue par Gérard Mercator en 1569, est largement utilisée en raison de sa capacité à préserver les angles, ce qui en fait un outil de navigation efficace. Cependant, cette projection présente des déformations significatives des superficies, particulièrement éloignées de l’équateur. Par exemple, le Groenland apparaît presque aussi vaste que l’Afrique, alors que ce dernier est environ quatorze fois plus grand. En tant que planisphère généraliste, Mercator peut donc fausser notre perception du poids relatif des différentes régions du monde.
Le changement vers une alternative plus précise n’est pas une nouveauté. L’idée de la projection Gall-Peters, adoptée par certaines écoles publiques de Boston en mars 2017, a ouvert la voie à une réflexion plus large. En réponse à cette adoption, Tom Patterson, en collaboration avec Bernhard Jenny et Bojan Šavrič, a développé la projection Equal Earth, publiée en 2018, qui vise à offrir une représentation plus équilibrée des superficies.
Une carte du monde qui ne fait plus consensus
Le mouvement actuel pour changer de projection est principalement porté par des organisations africaines. En avril 2025, Africa No Filter et Speak Up Africa ont lancé la campagne « Correct the Map », plaidant pour l’adoption d’Equal Earth dans les médias, les établissements scolaires et les grandes plateformes numériques. Cette revendication a été soutenue par l’Union africaine et relayée par le Togo aux Nations unies, transformant ainsi le débat sur les projections cartographiques en un enjeu politique international.
Ce mouvement dépasse les frontières de l’ONU. Le 4 septembre, le gouvernement français a annoncé que le Quai d’Orsay cesserait d’utiliser systématiquement la projection Mercator dans ses représentations diplomatiques. Cependant, contrairement à certaines interprétations médiatiques, Paris n’a pas imposé l’utilisation de la projection Eckert IV, mais a affirmé vouloir choisir la cartographie appropriée pour chaque usage.
De Mercator à Equal Earth : changer notre regard sur le monde
Pour le grand public, la transition vers une nouvelle projection sera progressive. La résolution de l’ONU n’est pas contraignante et n’impose pas de modifications immédiates aux services comme Google Maps. Bien que Mercator reste utile pour des zooms à l’échelle locale ou la navigation, les représentations mondiales, les cartes de données et les supports pédagogiques pourraient progressivement adopter Equal Earth ou d’autres projections adaptées. Les avancées technologiques facilitent cette transition, avec des outils comme Mapbox déjà compatibles avec Equal Earth.
Cette évolution modifie notre perception globale : à l’échelle mondiale, l’Afrique et l’Amérique du Sud gagneront en visibilité, tandis que des régions comme le Groenland, l’Europe, le Canada et la Russie apparaîtront relativement moins imposantes. Ainsi, bien que la projection Mercator ne disparaisse pas, elle est en passe de perdre son statut de référence universelle.
Source : Article original sur la projection Mercator et ses alternatives.

