Les États-Unis trop grands, l’Afrique trop petite : l’ONU réforme la carte du monde
L’Assemblée générale des Nations unies a adopté vendredi une résolution visant à promouvoir des représentations cartographiques plus fidèles aux superficies réelles des continents. Cette décision a été prise par 164 voix contre une, avec les États-Unis votant contre et six pays — l’Estonie, la Géorgie, la Lituanie, la Moldavie, la Serbie et l’Ukraine — s’abstenant.
Pour comprendre cette initiative, il est essentiel de revenir à 1569, année où le cartographe flamand Gerardus Mercator a introduit sa projection, principalement conçue pour la navigation. Bien que cette projection facilite la représentation des routes maritimes, elle déforme la taille des territoires, particulièrement ceux éloignés de l’équateur. Par exemple, sur une carte utilisant cette projection, le Groenland apparaît presque aussi vaste que l’Afrique, alors que l’Afrique est environ 14 fois plus grande.
La projection de Mercator, bien qu’elle ne soit pas destinée à comparer les tailles des continents, est devenue l’une des représentations les plus courantes. La résolution de l’ONU ne cherche pas à interdire cette projection, mais encourage l’utilisation d’alternatives qui respectent mieux les superficies, notamment dans les écoles et les institutions internationales.
Cette initiative est soutenue par plusieurs pays africains, avec le Togo en tête des négociations. La campagne « Correct the Map », lancée en 2025 par des organisations comme Speak Up Africa, plaide pour le remplacement de Mercator par des cartes plus fidèles. Selon le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, « les cartes façonnent notre compréhension du monde », et cette représentation peut influencer la perception des continents.
La France a également décidé de suivre cette démarche, annonçant son intention d’abandonner la projection de Mercator pour privilégier la projection Eckert IV, qui respecte mieux les superficies. En revanche, les États-Unis ont critiqué cette résolution, la qualifiant de « projet idéologique radical » et estimant qu’elle dépassait la simple question des cartes.
Bien que cette résolution de l’ONU ne soit pas contraignante, elle envoie un signal politique fort sur la manière dont les continents peuvent être représentés. Comme l’a résumé Robert Dussey, « une carte juste ne change pas la géographie du monde, elle change notre façon de voir le monde ».
Source : Le Dauphiné Libéré

