Aspartame : Quand le lobbying dicte la science

L’aspartame, édulcorant de synthèse, possède un pouvoir sucrant 150 à 200 fois supérieur à celui du sucre. Utilisé dans plus de 2 500 produits en Europe et environ 6 000 dans le monde, il est principalement présent dans les produits « light », « zéro » ou « allégés en sucre. »
Cet édulcorant représente un enjeu économique majeur pour l’industrie, étant donné son coût, environ dix fois inférieur à celui du sucre. Les économies réalisées par les fabricants ne se traduisent cependant pas toujours par des baisses de prix pour les consommateurs, qui trouvent souvent les versions classiques et sans sucre au même tarif.
Cependant, la sécurité de l’aspartame est aujourd’hui largement contestée. De nombreux scientifiques et journalistes dénoncent des effets toxiques minimisés par des études biaisées et des conflits d’intérêts entre industriels et autorités sanitaires ayant conduit à son autorisation. Cet article examine les zones d’ombre qui entourent l’aspartame et fait le point sur les données scientifiques disponibles.
Une mise sur le marché très controversée
L’aspartame a été découvert par hasard en 1965 par un chimiste de l’entreprise Searle, James Schlatter. Après avoir goûté un composé synthétisé, il réalise son goût sucré. Searle engage alors une procédure d’autorisation auprès de la FDA (Agence américaine des produits alimentaires) pour son utilisation dans des produits alimentaires courants. En 1974, la FDA approuve sa mise sur le marché, mais cette décision est rapidement critiquée par des scientifiques, notamment John Olney, qui alerte sur les risques de lésions cérébrales.
En 1975, la mise sur le marché de l’aspartame est suspendue pour permettre une investigation approfondie. Deux ans plus tard, des anomalies majeures sont relevées dans les études de toxicité fournies par Searle, entraînant des poursuites pour « rétention de données et fausse déclaration. »
L’élection de Ronald Reagan en 1980 marque un tournant. Donald Rumsfeld, alors PDG de Searle, joue un rôle clé dans la nomination du président de la FDA, Arthur Hayes, qui autorise à nouveau l’aspartame en 1981, contredisant les conclusions des toxicologues de la FDA.
Des liens troublants entre la FDA et les fabricants d’aspartame
Des conflits d’intérêts sont également soulevés : six hauts responsables de la FDA impliqués dans l’approbation de l’aspartame rejoignent peu après des entreprises liées à sa production. De plus, Samuel Skinner, le procureur fédéral chargé de l’affaire, démissionne juste avant que les délais de prescription rendent toute action impossible.
Europe : une expertise de l’EFSA qui soulève également des doutes
L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a réévalué l’aspartame en 2013, concluant à l’absence de danger. Cependant, cette évaluation a été critiquée pour sa méthodologie, avec des études montrant des effets nocifs écartées sans justification solide. Des chercheurs de l’Université de Sussex ont révélé que 73 études montrant des effets nocifs ont été écartées, tandis que 43 des 62 études sans impact ont été prises en compte.
L’EFSA a également omis plusieurs études de l’Institut Ramazzini, reconnu pour son expertise en cancérologie, qui ont montré des liens entre l’aspartame et le cancer.
Des risques bien documentés
En 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé l’aspartame comme « cancérigène possible » (groupe 2B), sur la base d’une analyse de toutes les études publiées depuis 1974. Une étude de 2022 a montré qu’une consommation régulière d’aspartame augmente de 15 % le risque global de cancer, avec un risque de 22 % pour le cancer du sein.
Des recherches indiquent également un lien entre l’aspartame et le diabète de type 2, avec une étude de 2023 révélant que sa consommation régulière pourrait augmenter le risque de 48 à 63 %.
Conclusion
Malgré les mises en garde croissantes sur les risques associés à l’aspartame, la réglementation semble rester inchangée. Des scientifiques appellent à une réévaluation indépendante de l’édulcorant au niveau européen, soulignant que les intérêts économiques ne devraient pas influencer les décisions de santé publique.
Sources
- Valavanidis, 2023. Aspartame, Artificial Sweetener, Credible Evidence that is Potentially Carcinogenic?
- Shaher et al, 2023. Aspartame Safety as a Food Sweetener and Related Health Hazards.
- European Food Safety Authority, 2013. Scientific Opinion on the re-evaluation of aspartame (E 951) as a food additive.
- Centre international de recherche sur le cancer, 2023. Aspartame hazard and risk assessment results released.

