Genève : Violences policières, les questions en suspens
Trois mois après la nasse du 14 juin, l’État n’a validé qu’une partie de l’opération policière, à savoir le dispositif mis en place entre 19h21 et 21h29. Sur la suite, la plus contestée, il ne s’est toujours pas prononcé. Deux recours pour déni de justice ont été déposés devant la Chambre administrative : l’un par Lucien*, un homme roué de coups aux Pâquis, l’autre par la députée vaudoise Mathilde Marendaz, menottée et conduite au poste. L’Inspection générale des services (IGS), la « police des polices », a ouvert une enquête, mais d’éventuelles suspensions restent couvertes par le secret de fonction.
Ce dossier occupe le Grand Conseil, où le député Vert Philippe de Rougemont a déposé une motion qu’il espère voir votée sur le siège. Le 4 septembre, l’État a répondu aux questions posées par les députés en juin, mais ces réponses sont jugées « évasives et sans remise en question » par la gauche.
Près de trois mois ont passé, mais l’émotion suscitée par le fiasco policier après la manifestation No-G7 à Genève reste vive. La manifestation du 14 juin dernier s’est soldée par une nasse, dispositif qui a privé de liberté environ 500 participants durant des heures, jusqu’à l’aube pour certains. À quelques rues de là, aux alentours de 00h30, un jeune homme a été violemment frappé par des agents en civil.
Les réactions ont fusé de toutes parts. À gauche, Matthieu Jotterand, chef de file du parti socialiste (PS) genevois, a dénoncé « une dérive autoritaire » et un bilan des droits fondamentaux « assez noir », critiquant la magistrate Carole-Anne Kast, responsable de la police. À droite, plusieurs élus, libéraux-radicaux (PLR) en tête, ont salué le travail des forces de l’ordre. L’ONG Amnesty International a déploré une gestion policière ayant « gravement porté atteinte au droit de manifester ».
Les plaintes pénales se sont multipliées au lendemain de l’événement contestataire. Alors que les autorités et la police restent silencieuses, la rentrée politique est marquée par un besoin de bilan sur les procédures en cours et les questions sans réponse.
L’IGS a ouvert une enquête sur les violences policières. Cependant, la police genevoise a indiqué que les mes de suspension ne sont pas automatiques et doivent être évaluées au cas par cas, tenant compte de la présomption d’innocence. La question de savoir si des agents ont été suspendus demeure sans réponse.
Le cas de Mathilde Marendaz, qui a été menottée après la manifestation, est emblématique des tensions actuelles. Dans un courrier daté du 18 juin, elle a demandé des excuses publiques et l’ouverture d’une enquête indépendante. Son avocat a déposé un recours pour déni de justice devant la Chambre administrative de la Cour de justice, la députée n’ayant pas reçu de réponse dans les délais impartis.
La situation reste tendue, et les députés continuent de soulever des questions sur l’opération policière. Le retour sur ces événements pourrait influencer les futures pratiques des forces de l’ordre à Genève.
*Nom connu de la rédaction.
Source : Blick.

