Livres recommandés pour améliorer le bien-être mental en période de crise personnelle

Quels livres lire quand on ne va pas bien ?

Quels livres lire quand on ne va pas bien ?

Quand tout va mal, essayer de lire peut sembler vain. La concentration s’effondre, l’esprit se dérobe, et pourtant, pour beaucoup, les livres restent une bouée. C’est ce qu’a raconté Nicolas Demorand dans le podcast Si besoin : après la violence de la phase maniaque qu’il venait de traverser, et la profondeur de la dépression dont il essayait de sortir, sa capacité de concentration était réduite à néant. Son ami Philippe Lançon, journaliste et auteur, survivant des attentats de Charlie Hebdo, lui avait alors donné un conseil simple : « Recommence avec des polars ou des romans d’aventure, c’est le meilleur moyen de remettre en route la machine à lire. » Le producteur de Recto-Verso raconte que ces polars l’ont finalement sauvé.

Nous avons voulu prolonger cette question et recueillir d’autres témoignages : quels livres lit-on, ou relit-on, quand on ne va pas bien ? Polars, romances, fantasy, poésie, essais. à chacun ses refuges.

Les polars, du miel qui fait passer l’effort

Comme Philippe Lançon, plusieurs lecteurs se tournent vers le polar quand ils ne vont pas bien. Quels sont les bienfaits de ce type de lecture ? Le journaliste l’expliquait dans Si besoin : « Il y a quelque chose qui est vraiment de l’ordre du récit, avec le suspense. Même si les polars aujourd’hui, et ce depuis longtemps, sont sociaux, d’atmosphère. Ils prennent finalement en charge la société et la racontent telle qu’elle est. » Il ajoute aussi que quand on ne va vraiment pas bien, faire des efforts, c’est difficile. Et la lecture exige des efforts : « Le polar, peut-être qu’il sécrète un miel qui fait passer plus facilement l’effort au départ. »

Il recommande notamment les polars de Raymond Chandler, Cercueil et fossoyeur de Chester Himes (chez Gallimard, collection Quarto), ainsi que les romans et nouvelles de Dashiell Hammett, Jean-Patrick Manchette et Thierry Jonquet. D’autres cherchent moins le suspense qu’un dépaysement plus vaste, du côté des grands espaces.

Les grands romans américains, pour s’évader

Direction les grands espaces, donc, avec Marion, qui plébiscite le genre du « nature writing » : « Ça parle de nature, de rencontre avec les éléments, de dépassement de soi, de se recentrer sur l’essentiel, voir le beau… Ça apaise, ça inspire. » Pauline, elle, préfère les grandes fresques sociales : « Un bon gros roman américain, social. Il me faut un truc avec du souffle, du style, et des paysages qui m’éloignent de mon quotidien. »

Dans les deux cas, c’est l’ampleur du roman, et la distance qu’il crée avec le quotidien, qui ras.

Se réfugier dans la romance

Juliette assume pleinement ses lectures réconfortantes : « La romance gay de hockey, parce que ça me ras sur le fait que la masculinité peut être mimi et pas toxique. Et de la romantasy, parce que ça me réconforte. » Marie, elle, a trouvé son salut du côté de Marc Levy : « En période de dépression, il est très difficile de se concentrer. C’est de la littérature ‘facile’, mais ça m’a permis de continuer à lire, de m’échapper quelques heures du mal-être dans lequel j’étais. »

Chez l’une comme chez l’autre, ce n’est pas la qualité littéraire qui compte, mais la promesse d’une histoire qui finit bien. Une promesse que l’on retrouve aussi, différemment, du côté de la fantasy.

L’attrait pour les mondes imaginaires

Aline, elle, retrouve dans la fantasy les repères de son adolescence : « Quand j’ai besoin de me détendre, je vais couper en me faisant une lecture à l’ancienne d’héroïc fantasy. » Une pause qui ne fonctionne pas à tous les coups, prévient-elle. À l’opposé de cette évasion vers des mondes imaginaires, certains cherchent au contraire l’apaisement dans l’horreur et l’effroi.

De l’horreur et de la dureté pour se réparer

Paradoxalement, certains trouvent du réconfort du côté du sombre plutôt que de le fuir. Cécile explique son envie de lire des récits très durs, évoquant la voix de Charlotte Delbo : « Cette beauté-là me touche et me répare. » Elle cite des poèmes sur le retour des camps de concentration, décrivant « la beauté qui surgit de l’enfer. »

Se plonger tout entier dans la réflexion

Marie D. se tourne vers les essais féministes pour reprendre des forces : « Je lis Une révolution intérieure de Gloria Steinem ! Les essais féministes, je dirais que ça me consolide. » Thibaut, lui, préfère la philosophie : « Je lis des essais, des ouvrages, des traités de philosophie plutôt complexes, pour solliciter ma réflexion profonde. »

Mais quand la réflexion demande trop d’efforts, on peut se tourner vers des formes plus courtes, comme la poésie. Pour Léna, c’est la poésie qui offre l’apaisement le plus sûr : « De la poésie, avec certitude. Éluard, François Cheng ou encore Bobin. »

Les relectures familières

Plutôt que d’aller chercher une histoire nouvelle, certains préfèrent retourner vers des livres qu’ils connaissent déjà par cœur. Iris raconte : « Il y a une forme de familiarité. » Les livres auxquels elle pense sont surtout ceux lus à l’adolescence. Une manière aussi, selon elle, de retrouver un sentiment de choix et de maîtrise quand tout le reste échappe.

Les livres, qu’ils soient polars, romances, essais ou relectures d’enfance, offrent à chacun des refuges différents selon ses besoins. Dans Si besoin, Nicolas Demorand demandait : « La littérature permet-elle de guérir, selon toi, ou est-ce déjà suffisant qu’elle accompagne et qu’elle fasse plaisir ? » Philippe Lançon répondait : « Je pense que déjà, le fait qu’elle apporte du plaisir. permet quand même d’ouvrir. »

Finalement, ce qu’on peut demander à un livre, c’est quelques heures pour penser à autre chose qu’à soi.


Source : France Inter, podcast Si besoin et autres témoignages recueillis.

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