Barcelone met en place des refuges climatiques pour atténuer la chaleur estivale

Des « refuges climatiques » pour supporter la chaleur : le pari réussi de Barcelone

Des « refuges climatiques » pour supporter la chaleur : le pari réussi de Barcelone

Barcelone (Espagne), reportage

En ce mois d’août, la chaleur devient rapidement étouffante dans les rues de Barcelone. Au parc Clariana de les Glòries, plusieurs dizaines de personnes se rassemblent pour échapper à la canicule. « Je viens ici presque tous les jours. Il fait tellement bon avec toute cette végétation. On a presque l’impression qu’il n’y a plus de canicule », confie Nicolas, assis dans l’herbe sous les arbres avec un ami. Ce parc fait partie des 500 espaces désignés comme « refuges climatiques » par la ville.

Ces refuges, ouverts gratuitement, permettent à quiconque de se rafraîchir, que ce soit pour quelques minutes ou plusieurs heures. « Cette année, 99 % de la population a accès à un refuge climatique à seulement dix minutes de marche », indique Irma Ventayol, responsable de ce réseau. En 2020, seulement 70 refuges étaient disponibles.

Ce réseau inclut des espaces verts, mais également des bibliothèques, musées, centres culturels, marchés publics, écoles, piscines et commerces de quartier. Tous ces lieux doivent respecter certaines normes, comme maintenir une température intérieure de 26 ºC, être accessibles gratuitement, offrir de l’eau potable et disposer de sièges.

Depuis le 1er juin, près de 4 500 décès liés à la chaleur ont été enregistrés en Espagne, contre 3 073 sur la même période l’an dernier. Barcelone a également battu un record de température avec 40,7 °C et a connu au moins 52 nuits tropicales, où la température ne descend pas en dessous de 25 °C.

Les refuges climatiques sont donc perçus comme un outil de prévention. « Ces refuges sont vraiment nécessaires car plus de 20 % de la population à Barcelone est en précarité énergétique, ce qui signifie qu’il y a des gens qui ne peuvent pas maintenir une température adéquate chez eux ou qui ne peuvent pas payer leurs factures », explique Irma Ventayol.

Dans le hall du Musée du design de Barcelone, des visiteurs lisent ou travaillent sur leurs ordinateurs. Grazia, qui télétravaille avec une amie, souligne : « Tout le monde n’a pas les moyens d’aller dans un café ou d’aller travailler dans un espace de coworking. Avec l’été que l’on vient de connaître, ce genre d’endroits est plus que nécessaire. »

À quelques rues, la fondation Enllaç, qui soutient la communauté LGBTQ+, propose également des activités variées, allant de groupes de conversation à des séances de yoga. « Nous voulons offrir un endroit pour se protéger de la chaleur mais aussi socialiser », explique Patricia Zamora, coordinatrice des activités de l’organisme.

Des études montrent que passer du temps dans des espaces frais peut réduire de 66 % le risque de mortalité liée à la chaleur pour les personnes vulnérables. Isabelle Anguelovski, chercheuse à l’Institut catalan de recherche et d’études avancées, précise que ces refuges ne représentent pas seulement une infrastructure, mais aussi un lieu de socialisation.

Malgré quelques critiques concernant la fermeture de certains refuges en août et les weekends, Barcelone est souvent citée en exemple pour son réseau. La ville vise un objectif ambitieux : qu’un refuge soit accessible à moins de cinq minutes à pied d’ici 2030. Cependant, dans des villes comme Madrid et Murcie, la situation est moins favorable, avec de nombreux refuges fermés pendant l’été.

Face à l’intensification des vagues de chaleur, le gouvernement espagnol a annoncé son intention de créer un réseau de refuges climatiques à l’échelle nationale, avec plus de 180 espaces ouverts cet été. Une aide de 10 millions d’euros a également été promise pour développer de nouveaux refuges, notamment dans les écoles.

Les refuges climatiques à Barcelone illustrent une réponse proactive face aux défis posés par le changement climatique, mais soulignent également la nécessité d’une adaptation plus large des villes pour faire face aux futures vagues de chaleur.

Source : Reporterre

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