Les astronautes ont leur traité, les victimes de catastrophes terrestres attendent toujours le leur
Depuis 1968, un traité international oblige les États à porter secours aux astronautes en détresse. Près de 60 ans plus tard, aucun équivalent mondial n’existe encore pour organiser l’aide aux populations frappées par une catastrophe sur Terre. Ce paradoxe a conduit la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC) à lancer une nouvelle campagne, intitulée Earth’s Missing Treaty (« Le traité manquant de la Terre »), visant à inciter les États à établir le premier traité international global pour la protection des personnes avant, pendant et après les catastrophes.
L’Accord sur le sauvetage des astronautes, en vigueur depuis 1968, impose aux États parties de secourir et d’assister les astronautes victimes d’accidents ou en détresse. Dylan Winder, observateur permanent de l’IFRC auprès des Nations Unies, a souligné l’absurdité de la situation : « S’il existe un traité qui protège les personnes qui redescendent de l’espace, nous avons aussi besoin d’un traité sur Terre qui protège ceux qui s’y trouvent. »
Lorsqu’une catastrophe survient, l’aide internationale se heurte souvent à des obstacles administratifs tels que des douanes et des taxes, ralentissant ainsi l’assistance au moment où chaque minute compte. Selon l’IFRC, le dédouanement ordinaire prend en moyenne 11 jours dans de nombreuses régions touchées par des catastrophes. En absence d’exemptions, les biens humanitaires peuvent être soumis à des droits de douane atteignant 17 %, presque le double du tarif moyen pour les produits manufacturés.
Environ 60 % des fournitures envoyées lors de grandes catastrophes sont des articles non prioritaires, ce qui complique la logistique et entraîne un gaspillage des ressources. Le futur traité proposé viserait à faciliter l’entrée des équipes étrangères, à accélérer le passage des frontières et à rendre la coopération entre gouvernements et organisations humanitaires plus fluide. Il inclurait également des obligations pour les États en matière de réduction des risques et de préparation aux catastrophes.
L’enjeu est majeur. En 2025, 358 catastrophes liées à des aléas naturels ont affecté 110,2 millions de personnes, entraînant près de 170 milliards de dollars de pertes économiques, selon l’IFRC. Des systèmes d’alerte précoce efficaces peuvent réduire les dommages jusqu’à 30 % et diminuer considérablement la mortalité.
Le projet de traité ne part pas de zéro, car des accords bilatéraux et régionaux existent déjà. Cependant, selon Isabelle Granger, responsable du droit des catastrophes à l’IFRC, il manque un « cadre mondial global » pour organiser la solidarité et la coopération entre États.
Les États membres de l’ONU se réuniront en 2027 pour négocier ce traité. Pour soutenir cette initiative, l’IFRC a recruté plusieurs astronautes, dont Scott Kelly et Julie Payette, afin de sensibiliser à l’importance de ce cadre juridique.
Cette campagne vise à rappeler que, tout comme l’humanité est connectée par un seul ciel et un seul océan, il est essentiel de traduire cette unité en un droit international efficace pour protéger les populations sur Terre.
Source : IFRC

