Rester chez ses parents : une solution pour de nombreux jeunes adultes en France

Je ne veux pas rester dans cette cage dorée

Selon une étude de l’Injep de juin 2026, un quart des jeunes de plus de 23 ans vit encore chez ses parents en France. La précarisation croissante du milieu étudiant, la crise du logement et l’instabilité des jeunes actifs sont principalement mises en cause dans le retardement de la décohabitation.

Benjamin Smith, étudiant de 21 ans en licence de philosophie à Nancy, partage son ressenti : « Honnêtement ce qui me manque le plus, c’est de pouvoir avancer« . L’âge moyen du départ du domicile parental s’élève à 23,8 ans en France, contre 22 ans dans les pays nordiques et 30 ans en Italie et en Espagne, selon une étude d’Eurostat. Ce retardement dans la décohabitation a augmenté de plus de 10 % depuis 2014, d’après la Fondation Abbé Pierre. Benjamin souligne : « Je ne veux pas rester dans cette cage dorée« .

Les jeunes Français sont confrontés à une instabilité et un manque de ressources, rendant difficile leur départ du domicile familial. Selon le rapport de l’Unef de 2026, le coût de la vie étudiante a augmenté de 35 % depuis 2017. Habiter chez ses parents n’est pas sans défis, notamment en termes de vie sociale et académique. Une étude de l’institut Harris a révélé que 91 % des étudiants vivant chez leurs parents estiment que cela affecte leur réussite scolaire, en raison du manque de temps et de la fatigue des trajets.

La sécurité et l’accès au marché du travail représentent des obstacles majeurs pour ces jeunes. Un quart de ceux qui n’ont jamais quitté le domicile parental ne sont ni en emploi, ni en formation, souvent issus de milieux populaires. Cela réduit considérablement leurs perspectives d’investissement et de location.

Malgré cela, de nombreux jeunes actifs vivent encore chez leurs parents. Un sur cinq est en contrat à durée déterminée (CDD), comme Benjamin, qui travaille à temps partiel dans un restaurant. Un tiers des jeunes est en contrat à durée indéterminée (CDI), selon l’Injep. Cependant, leurs revenus sont souvent insuffisants pour envisager un logement indépendant dans le parc immobilier français.

Rester chez ses parents permet aussi d’épargner, ce qui est crucial pour accéder à la propriété. Benjamin a réaménagé une dépendance dans le jardin de ses parents, où il se sent plus autonome. Sa mère, Anja Smith, soutient son projet d’épargne pour préparer son départ : « On souhaite maintenant qu’il puisse avancer dans la vie« .

Le soutien économique parental est essentiel pour la stabilité des jeunes. Une étude de l’Insee indique qu’une majorité des 18 à 24 ans reçoit une aide financière de leurs parents, mais ce soutien diminue avec le temps. Les jeunes issus de milieux populaires bénéficient moins de cette aide, ce qui les pousse à cohabiter plus longtemps.

Benjamin évoque les loyers à Nancy, où un appartement de 40 m² coûte au moins 400 à 500 euros, sans compter les charges. Alors que le nombre d’étudiants a été multiplié par dix depuis 1960, l’offre de logements sociaux reste insuffisante. En 2023, la France ne proposait que 245 000 logements sociaux pour étudiants, soit 8,2 places pour 100 étudiants, selon la Cour des comptes. Cette situation pénalise particulièrement ceux dont les parents vivent en zone rurale, comme Vinh Anh, étudiant en STAPS, qui doit payer un loyer en ville pour ses études.

La moitié des jeunes de 18 ans dont les parents habitent à la campagne ont déjà quitté le foyer, contre seulement 16 % en milieu urbain, selon l’Insee.

Source : Injep, Eurostat, Unef, Insee, Cour des comptes.

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