Fini l’élevage et bienvenue à la mine : la « transition verte » détruit la culture de populations autochtones en Suède
Jokkmokk (Suède), reportage
Le projet de mine de fer à ciel ouvert de Kallak, porté par l’entreprise britannique Beowulf, suscite de vives inquiétudes parmi les populations autochtones Sámis. Depuis 2006, cette initiative, qui vise à extraire 9 millions de tonnes de minerai par an, menace non seulement l’environnement, mais également les pratiques culturelles ancestrales.
Les Sámis, qui vivent dans la région, dénoncent des impacts dévastateurs sur leurs terres. Tor Tuorda, un activiste local, déclare : « La terre sous nos pieds a été intoxiquée par les déjections d’un forage de test avec des substances chimiques illégales. » Ces préoccupations sont renforcées par la proximité de plusieurs parcs naturels, situés à moins de 10 km de la mine projetée, qui abritent des espèces rares et des forêts anciennes.
Cette exploitation minière pourrait également compromettre l’élevage traditionnel de rennes, une pratique essentielle pour la culture Sámie. Jan Erik Läntta, un éleveur de rennes, avertit : « Si la mine est construite, elle coupera notre route de transhumance en deux, nous forçant à contourner, ce qui générerait des conflits et augmenterait nos coûts. »
Les autorités suédoises ont approuvé le projet, le qualifiant d’« intérêt national », malgré les manifestations et les préoccupations environnementales. La vice-première ministre, Ebba Busch, a même proposé de réduire les droits des éleveurs pour favoriser l’extraction de « ressources critiques », dans le cadre d’une stratégie visant à renforcer la défense de l’UE et de l’OTAN.
La région de Laponie, qui a été inscrite au Patrimoine mondial de l’humanité en 1996 grâce à son héritage Sámie, pourrait perdre ce statut si les impacts de la mine ne sont pas correctement évalués. L’UNESCO a exprimé des doutes quant à la viabilité à long terme de l’élevage de rennes dans le contexte de ce projet.
En somme, la transition vers une économie verte en Suède soulève des questions cruciales sur la protection des droits des populations autochtones et la préservation de leur culture face à l’industrialisation croissante.
Source : Reporterre



