Un chantier scientifique abandonné sur le plateau de Suffa, en Ouzbékistan, demeure figé dans le temps
À 2 324 mètres d’altitude, sur le plateau du massif du Turkestan en Ouzbékistan, une route goudronnée mène à un site abandonné. Ce dernier, vestige d’un projet de construction d’une antenne parabolique, devait être la plus grande jamais réalisée en Asie centrale. Trente-cinq ans après l’arrêt des travaux, la route et les fondations de ce chantier restent intactes, témoignant d’un projet inachevé.
Le projet de radiotélescope RT-70 a été initié dans les années 1980, à l’apogée du programme spatial soviétique. L’objectif était d’ériger un radiotélescope capable de capter des ondes millimétriques provenant de l’espace, sur le plateau de Suffa. Ce site avait été choisi pour son altitude et son air raréfié, conditions idéales pour limiter l’absorption des signaux. Le RT-70 aurait constitué le troisième maillon d’un réseau de télescopes, permettant des observations interférométriques à très longue base, reliant la Terre à des instruments spatiaux.
Cependant, l’effondrement de l’URSS en décembre 1991 a interrompu le financement et la construction. À cette époque, la route avait été tracée et le socle coulé, mais la structure métallique ne s’est jamais élevée complètement. Aujourd’hui, le site donne l’impression d’un temps suspendu, préservé par le climat sec de la région qui a évité la corrosion rapide des matériaux.
Malgré deux tentatives de reprise de construction par le gouvernement russe en 2008 et 2014, le projet n’a pas avancé comme prévu. En 2014, il était estimé que la construction n’était achevée qu’à 50 %, avant d’être de nouveau abandonnée. Des tentatives de coopération russo-ouzbèke ont été envisagées, mais le progrès reste flou, et le site est toujours considéré comme un chantier inactif.
Le plateau, avec son climat aride, a permis de préserver cette infrastructure abandonnée, contrastant avec d’autres projets similaires qui se sont détériorés rapidement. Ce paradoxe soulève des questions sur l’impact de la non-activité humaine, qui, dans ce cas, a contribué à la conservation des vestiges.
La situation actuelle de ce site soulève des interrogations sur l’évolution de la radioastronomie mondiale, notamment si le projet avait été achevé dans les années 1990. Le réseau international de télescopes millimétriques s’est depuis largement réorganisé, rendant l’avenir du projet Suffa incertain.
Source : SciencePost.



