Avec la mise en service du premier TER à batteries entre Nîmes et Vauvert, l’Occitanie expérimente désormais trois technologies pour sortir progressivement du diesel. Batterie, hydrogène ou hybride : derrière ces essais se joue l’avenir de près de 1 000 kilomètres de lignes régionales encore non électrifiées.
Une rame à batteries entre Nîmes et Vauvert, un train à hydrogène attendu entre Montréjeau et Luchon et des Régiolis hybrides testés autour de Toulouse : l’Occitanie est devenue un laboratoire grandeur nature du TER de demain. La Région est aujourd’hui la seule en France à expérimenter simultanément ces trois technologies pour réduire la place du diesel sur son réseau ferroviaire.
L’enjeu est de taille. Le réseau liO compte environ 2 600 kilomètres de lignes, dont près de 1 400 kilomètres de desserte fine. Or seulement 60 % du réseau est électrifié, laissant entre 1 000 et 1 100 kilomètres sans caténaire. Bien que 70 % des kilomètres parcourus par les trains liO le soient déjà en traction électrique, plusieurs dizaines de rames diesel ou bimodes restent indispensables pour desservir ces lignes. L’électrification totale du réseau serait la solution la plus efficace sur le plan énergétique, mais aussi la plus coûteuse, avec des installations de caténaires allant de 350 000 euros à 1,5 million d’euros par kilomètre.
C’est précisément l’intérêt des solutions intermédiaires actuellement testées. Depuis le 31 août, un ancien Autorail Grande Capacité transformé par Alstom circule entre Nîmes et Vauvert. Ses moteurs diesel ont été remplacés par des batteries lithium-ion, offrant plus de 80 kilomètres d’autonomie et permettant jusqu’à 20 % d’économies d’énergie grâce à la récupération d’énergie au freinage.
Deux ans d’expérimentation
Ce programme national de développement des rames à batteries représente un investissement de plus de 41 millions d’euros, dont 30 millions proviennent des cinq Régions partenaires, 6 millions de SNCF Voyageurs et 5,5 millions d’Alstom. L’objectif est d’évaluer, sur une période d’au moins deux ans, la viabilité de cette technologie comme alternative au diesel sur les lignes non électrifiées.
« À la Région, nous faisons le choix du train et nous assumons celui de l’innovation », déclare Carole Delga, présidente de la Région. Elle souligne également la coexistence des trois technologies : « Avec l’hybride, la batterie et bientôt l’hydrogène, l’Occitanie est la seule Région française à expérimenter ces solutions pour réduire la dépendance au diesel dans nos trains régionaux. »
La technologie à batterie présente un avantage majeur : elle permet d’éviter l’électrification totale d’une ligne. Le train recharge lorsqu’il circule sous caténaire et continue ensuite sur batteries. Cette solution pourrait convenir à de nombreuses antennes régionales, notamment Nîmes-Alès, envisagée après Nîmes-Vauvert.
L’hydrogène, en revanche, offre une autonomie supérieure, permettant de couvrir des lignes plus longues sans caténaire. Cependant, son coût est élevé, une rame hydrogène coûtant environ 14 millions d’euros, sans compter les infrastructures nécessaires. Le bilan économique dépendra également du prix de l’hydrogène et de son mode de production.
Entre les deux, l’hybride se positionne comme une technologie de transition. Les Régiolis trimodes testés autour de Toulouse combinent alimentation électrique, batteries et moteur diesel, réduisant la consommation sans éliminer complètement le thermique.
Développer l’offre
La compétition entre les technologies reste ouverte. L’hydrogène a l’avantage de l’autonomie, l’hybride celui de la flexibilité immédiate, tandis que la batterie pourrait être la solution la plus économique pour les petites lignes.
Cette expérimentation vise également à prouver que l’innovation et le développement de l’offre peuvent coexister. L’arrivée du train à batteries permet d’ajouter deux allers-retours supplémentaires par semaine, portant la desserte à onze trains quotidiens. « Une mobilité plus propre, plus confortable et plus présente au quotidien : c’est cela, le train de demain », conclut Carole Delga.
Au-delà de la technologie, la question cruciale demeure celle du coût. Le train du futur devra non seulement réduire les émissions de CO2, mais aussi permettre d’augmenter les fréquences sans accroître les investissements publics. Pour les 1 000 kilomètres de lignes occitanes non électrifiées, la batterie, l’hydrogène et l’hybride sont en compétition. Les essais en cours détermineront laquelle de ces solutions pourra réellement remplacer le diesel à grande échelle.
Source : La Dépêche.



