Aurions-nous un problème avec la fin ?
De nombreux aspects de la vie moderne semblent témoigner d’une difficulté à conclure. Que ce soit en interrompant la lecture d’un livre, en quittant une fête avant son terme, en précipitant son retour de vacances, en s’accrochant à des relations épuisées ou en ne terminant pas l’aménagement de son appartement, ces inachèvements sont fréquents.
Blanche Leridon, dans son ouvrage Nos inachèvements, s’interroge sur cette tendance contemporaine, où l’idée de conclusion semble s’évanouir. Elle souligne que, malgré cette propension à l’inachevé, notre époque est marquée par une angoisse croissante face à la fin. Leridon ne réduit pas cette situation à un simple symptôme d’inattention, mais explore plutôt les dimensions psychologiques et émotionnelles des abandons que nous percevons souvent comme des échecs ou des renoncements.
Elle propose une réflexion sur la possibilité d’accueillir ces inachèvements avec une approche plus tolérante. Ainsi, l’inachevé pourrait être envisagé non seulement comme une fuite, mais également comme une forme de lucidité, de courage et de liberté.
Cette analyse s’inscrit dans un contexte sociétal où l’angoisse de la fin, qu’elle soit personnelle ou collective, semble plus prégnante que jamais. La Sagrada Familia, par exemple, demeure inachevée depuis 1884, symbole d’un projet éternellement en cours, reflétant ainsi une réalité partagée par beaucoup.
Source : Fabula


