Ne sacrifions pas une génération sur l’autel de la performance
L’intelligence artificielle (IA) ne remplace pas les individus, mais les tâches. Les entreprises, les DRH et les pouvoirs publics doivent faire de l’IA un levier de formation et de transmission.
Il est huit heures dans l’amphithéâtre de l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. Les étudiants de première année PPEI (Projet Personnel d’Étude et d’Insertion) expriment leur principale crainte : l’intelligence artificielle et son impact sur leurs emplois et trajectoires professionnelles.
Ces jeunes ne sont ni fragiles ni naïfs. Ils sont exposés à un flot continu d’informations alarmantes sur les licenciements massifs, souvent justifiés par l’usage croissant de l’IA. Une étude du Stanford Digital Economy Lab de novembre 2025 indique une baisse de 16 % de l’emploi des 22-25 ans dans les métiers les plus exposés à l’IA aux États-Unis depuis l’arrivée de l’IA générative. En France, l’Insee a observé une diminution de l’emploi des moins de 30 ans dans divers secteurs, malgré une activité globale en progression.
Dans de nombreuses entreprises, l’IA exécute des tâches basiques traditionnellement effectuées par des juniors. Cette situation alimente l’anxiété des jeunes, qui craignent pour leur avenir professionnel.
Il est essentiel de reconnaître que l’IA ne remplace pas les hommes et les femmes, mais les tâches. Par exemple, bien qu’elle puisse analyser des milliers de CV en un instant, elle ne peut pas évaluer l’honnêteté d’un candidat ou détecter une dynamique toxique dans une équipe de direction.
Les entreprises doivent prendre du recul et apprivoiser cet outil afin de comprendre ses limites et ses risques. L’intégration de l’IA doit être réfléchie, visant à automatiser uniquement les tâches nécessaires et à libérer du temps pour des activités essentielles comme la relation humaine et la créativité.
Les entreprises qui tireront le meilleur parti de l’IA seront celles qui investiront le temps gagné dans le développement d’une culture d’entreprise solide et dans le management humain. L’IA peut devenir un levier d’humanisation, mais cela nécessite une approche stratégique et humaine.
Les décideurs politiques doivent également réaliser l’importance de la formation professionnelle à l’ère de l’IA. Ce domaine ne peut pas être considéré comme un enjeu secondaire, car il est crucial de ne pas sacrifier une génération sur l’autel de la performance.
Source : Nicolas Doucerain, CEO de Valumen, Professeur à l’Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.
