Nastasia Hadjadji : « L’IA est un outil pensé par des capitalistes pour les capitalistes »

L’IA, un outil conçu par des capitalistes pour des capitalistes

Analyser les dynamiques de l’industrie de l’intelligence artificielle (IA) soulève des questions de pouvoir : qui développe cette technologie, qui en tire profit et comment elle modifie les rapports de force. Selon la journaliste Nastasia Hadjadji, l’IA est au cœur d’un projet réactionnaire porté par une élite technologique, visant à capter une part toujours plus importante des richesses produites tout en minimisant l’intervention publique.

Hadjadji, auteure de No Crypto et Apocalypse Nerds, décrit les « technofascistes » comme des figures issues de la finance et de l’entrepreneuriat qui utilisent les infrastructures numériques pour servir une contre-révolution néoréactionnaire. Ce groupe, dominé par des acteurs du capital-risque comme Peter Thiel et Marc Andreessen, concentre un accès au capital sans précédent, entraînant une mobilisation de ressources qui dépasse même les efforts nécessaires pour les missions lunaires du XXe siècle.

L’IA est ainsi perçue comme un outil de domination économique, pensé pour préserver un statu quo néolibéral. Hadjadji souligne que cette technologie contribue à dégrader le travail, tant pour les employés d’exécution que pour les cols blancs, contredisant l’idée que l’IA pourrait libérer les travailleurs des tâches répétitives.

Des mouvements de résistance émergent, notamment aux États-Unis, où des actions légales sont menées pour contester l’installation de data centers. Cependant, Hadjadji note que les régulations, comme l’AI Act adopté en mars 2024, restent largement insuffisantes pour encadrer les développements de l’IA, permettant ainsi à des entreprises de déployer des technologies sans une régulation adéquate.

En France, l’extrême droite, inspirée par des modèles américains, cherche à implanter des idées libertariennes, renforçant ainsi les dynamiques technofascistes. La complaisance du gouvernement envers les acteurs technologiques soulève des préoccupations concernant l’avenir démocratique.

En somme, l’IA est un outil façonné par des intérêts capitalistes, contribuant à une concentration de pouvoir et de richesse qui pourrait fragiliser les structures démocratiques existantes.

Source : Alternatives Économiques

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