Canicules : « Dans mon champ, rien ne va, et pourtant, dehors, rien ne bouge »
Le 28 juin 2019, alors que je suis maraîcher dans l’Hérault, je ressens dans mon corps ce que signifie une température de 46 °C à l’ombre. Sept ans plus tard, cette expérience reste gravée dans ma mémoire. Au début de juin, les plants de petits pois sont magnifiques, mais la première canicule de mi-juin les a affaiblis, les faisant jaunir et durcir les grains. Je pensais que les tomates et aubergines, elles, bénéficieraient de conditions propices à une croissance rapide.
Effectivement, les solanacées mûrissent plus tôt cette année, mais ce répit est de courte durée. Les acariens attaquent les feuilles et les fruits, tandis que les punaises se multiplient, rendant les tomates dures et épaisses. Les sauterelles, quant à elles, dévorent les fruits mûrs. Face à cette situation, je suis contraint de retirer les nuisibles à la main, une tâche que je n’avais jamais eu à accomplir en dix ans de maraîchage biologique.
Heureusement, des alliés inattendus, comme les mantes religieuses, commencent à apparaître dans mes serres. Malgré ces soutiens, la situation reste critique. La chaleur étouffante affecte la pollinisation, et les rendements chutent de moitié. Les plants de pommes de terre se dessèchent, et les doryphores, absents, ne semblent pas avoir le temps d’arriver.
Je ne comprends pas ce qui se passe, mais je continue d’observer. Mes rangs de haricots, bien que feuillus, produisent des fruits creux et tordus. Les carottes, après plusieurs semis infructueux, ne donnent rien. La situation devient de plus en plus préoccupante avec l’arrivée de chaque nouvelle canicule.
Après un dernier épisode caniculaire en août, je tente de semer des légumes d’automne dans la serre. Les navets semblent résister, tandis que les épinards s’adaptent. Cependant, une nouvelle vague de chaleur se profile à l’horizon. Je ressens une fatigue profonde face à cette lutte incessante. Je me souviens du 28 juin 2019 et je redoute l’été 2026. Mais qu’est-ce que cela change ? Rien ne va, et pourtant, rien ne bouge.
Source : Reporterre

