La féminisation des musées : un outil de diplomatie féministe pour la France.

La féminisation des musées : un outil de diplomatie féministe pour la France.
La féminisation des musées comme instrument de diplomatie féministe et de soft power contemporain

La féminisation des musées comme instrument de diplomatie féministe

La culture, et en particulier les musées, se sont imposés comme des instruments centraux des politiques de puissance et des stratégies de soft power. Dans le cadre de la vague féministe contemporaine, certains musées cherchent à redonner et à faire davantage de place aux femmes dans les institutions et les expositions. C’est cette histoire de l’effacement des femmes artistes et des initiatives pour y remédier que Sarah D’Anjou, experte des politiques d’égalité et d’éducation à l’UNESCO, retrace dans ses travaux. Selon l’autrice, ce mouvement vers plus d’égalité pourrait s’incarner politiquement au sein du concept de diplomatie féministe.

L’histoire de l’art s’est longtemps présentée comme un espace neutre de transmission, fondé sur la reconnaissance du génie individuel. Cependant, les recherches contemporaines invitent à en proposer une lecture renouvelée. Le champ artistique occidental apparaît en réalité comme le produit d’une construction historique et institutionnelle, dans laquelle les mécanismes de sélection ont durablement contribué à l’effacement des femmes artistes.

Cette invisibilisation ne résulte ni du hasard ni d’un accident de transmission ; elle s’inscrit dans une continuité de dispositifs historiques profondément enracinés, des académies d’art aux politiques d’acquisition des musées. Au XXIe siècle, le musée a connu une transformation majeure de ses fonctions, s’imposant comme un instrument central des politiques de puissance, pleinement intégré aux stratégies de soft power théorisées par Joseph Nye.

Dans ce contexte, la représentation des femmes artistes dépasse le cadre patrimonial pour s’inscrire dans une dimension éminemment diplomatique, articulée aux logiques de diplomatie féministe. La féminisation des institutions muséales, qu’il s’agisse des collections, des expositions ou des directions, ne saurait être réduite à un simple ajustement interne du champ artistique. Elle s’inscrit dans une logique de production de crédibilité internationale des États, où les institutions culturelles participent à la fabrication d’une cohérence symbolique entre discours diplomatique et réalité institutionnelle.

Invisibilisation et marginalisation des femmes artistes

L’histoire de l’art occidental a longtemps été marquée par un système de domination symbolique genré, reléguant les femmes à la périphérie du champ artistique. Leur présence est attestée dès le Ier siècle, lorsque Pline l’Ancien mentionne l’existence de pinxere mulieres dans son Histoire naturelle. Cependant, cette reconnaissance initiale a été suivie d’un processus de marginalisation.

En France, la marginalisation des femmes artistes prend racine dès la fondation de l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1648, dont les femmes sont exclues. Il faut attendre le décret du 1er août 1791 pour qu’elles soient autorisées à exposer librement au Salon. Entre 1791 et 1848, le taux de féminisation des peintres atteint 16%, bien que l’accès à la peinture d’histoire leur demeure interdit.

Les données confirment cette sous-représentation. En France, la base Joconde recensait, en 2021, 6,6% d’artistes femmes parmi environ 35 000 référencés ; le musée d’Orsay ne conserve qu’un seul autoportrait féminin parmi 150 000 œuvres. Au Royaume-Uni, seulement 4% des œuvres entrées dans les collections de la Tate entre 1823 et 2013 sont signées par des femmes. Aux États-Unis, en 2020, les œuvres de femmes ne représentent que 12,6% des collections des grands musées. Une étude menée entre 2008 et 2018 révèle que seulement 11% des acquisitions et 14% des expositions dans vingt-six grands musées américains concernaient des femmes artistes.

Conséquences de la dynamique de féminisation

Les initiatives de féminisation des musées témoignent d’une évolution, mais elles sont souvent portées par les institutions elles-mêmes plutôt que par un pilotage politique explicite. Pour que la féminisation des musées devienne pleinement un levier de la diplomatie féministe, il conviendrait qu’elle fasse l’objet d’une lecture politique explicite et d’un suivi comparable à ceux qui existent déjà pour d’autres piliers de cette diplomatie.

En conclusion, la féminisation des musées se situe à l’intersection de la justice culturelle et de la diplomatie contemporaine. Elle constitue une question politique à part entière, révélant un terrain d’affrontements au niveau tant national qu’international.

Source : Note de Sarah D’Anjou, experte des politiques d’égalité et d’éducation à l’UNESCO.

Source

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *