Ivan Illich : Un appel à repenser la société d’abondance
Quand la société contemporaine fera-t-elle le procès de la culture de l’abondance, comme Ivan Illich l’a incité dès les années 1960 ? Ce penseur autrichien, devenu prêtre en 1951, aurait eu 100 ans le 4 septembre 2023, si son cœur n’avait cessé de battre le 2 décembre 2002.
Illich a acquis une réputation internationale grâce à ses critiques radicales de la société de croissance, notamment à travers cinq pamphlets publiés dans les années 1970 : Libérer l’avenir — Pour une révolution des consciences (1971), Une société sans école (1971), La Convivialité (1973), Énergie et Équité (1975) et Némésis médicale (1975).
Les défis actuels, tels que l’augmentation des prix de l’énergie et les crises du logement, semblent avoir été anticipés par ses écrits. Alors que la transition écologique est souvent perçue comme un leurre, les thèses d’Illich restent d’une actualité criante.
Une critique de la société de croissance
Dans son premier pamphlet, Libérer l’avenir, Illich appelle à une transformation des institutions, qu’il considère comme des outils au service d’une culture marchande inégalitaire. Il s’inscrit dans la tradition de la technocritique, se positionnant contre une vision du progrès qui privilégie la technique au détriment des valeurs humaines.
Actuellement, la flambée des prix des énergies fossiles — avec une augmentation de 50 % pour le fioul et de 35 % pour le carburant en un an — soulève des questions sur les véritables causes de cette crise. Illich, dans Énergie et Équité, invitait à chercher les racines du problème plutôt qu’à se limiter à des explications superficielles.
Le concept de « pauvreté moderne »
Illich a introduit le concept de « pauvreté moderne » pour critiquer cette prétendue société d’abondance, qu’il considérait comme particulièrement dure pour les classes pauvres et moyennes, souvent privées de soutien communautaire. Ses observations à Porto Rico, où les politiques de développement ont sapé les cultures traditionnelles, illustrent comment la richesse des uns s’est faite au détriment des autres.
Un appel à l’autolimitation
Face à l’augmentation de la consommation d’énergie, Illich proposait un débat public sur l’autolimitation collective de l’énergie, plaidant pour une société où l’existence se merait en termes d’être plutôt qu’en termes d’avoir. Dans La Convivialité, il souligne que « les rapports sociaux productifs vont à l’allure d’une bicyclette, pas plus vite », insistant sur l’importance de la lenteur et de la réflexion.
Conclusion
Les idées d’Illich, bien que formulées il y a plusieurs décennies, continuent de résonner face aux crises contemporaines. Son appel à repenser notre rapport à la technique et à l’énergie reste plus pertinent que jamais.
Source : Reporterre.

