Gestion des centres de rétention des étrangers : l’État confie des missions à des sociétés privées.

Gestion des centres de rétention des étrangers : quand l'Etat délègue le sale boulot

Gestion des centres de rétention des étrangers : quand l’État délègue le sale boulot

En juin dernier, l’Union européenne a autorisé la création de « hubs de retour » hors de ses frontières pour y envoyer certains migrants. Au même moment, la France a voté, à travers la loi visant à renforcer la sécurité, un allongement de la durée maximale de maintien dans les centres de rétention administrative (CRA), où 44 000 étrangers ont été enfermés en 2025.

Les politiques de gestion de l’immigration, tant au niveau national qu’européen, reposent largement sur l’enfermement des personnes en situation irrégulière dans ces centres, considérés comme un « maillon essentiel de la chaîne d’éloignement », selon le ministère de l’Intérieur. Les détenus ne sont pas enfermés pour des infractions pénales, mais en raison de leur statut administratif, en vue de leur expulsion.

Cependant, ce processus n’est pas systématique. En France, seulement 36,1 % des personnes enfermées ont été éloignées en 2025. De plus, l’allongement de la durée de rétention semble intensifier les tensions et la détresse psychologique, ainsi que la violence dans les CRA, selon des rapports d’associations intervenant dans ces lieux.

La sociologue Louise Tassin, après plusieurs mois d’immersion dans deux centres parisiens et des visites à Lampedusa et Lesbos, a documenté ces réalités dans un livre publié récemment. Son enquête révèle des logiques communes dans la gestion des centres de rétention, notamment l’externalisation de nombreuses missions à des acteurs non-étatiques.

En France, l’externalisation de certaines tâches, telles que le ménage et la préparation des repas, s’inscrit dans une logique de réduction des coûts. Cette délégation entraîne la précarisation de la main-d’œuvre travaillant dans ces centres, créant une opacité et une dépolitisation du travail, où les responsabilités sont émiettées.

Les employés des entreprises prestataires, souvent peu visibles et non fonctionnaires, jouent un rôle clé dans les CRA. Ils asnt l’intendance des centres et servent d’intermédiaires entre les personnes retenues et les autorités. Ces travailleurs, majoritairement issus de l’immigration, partagent souvent des trajectoires similaires à celles des détenus, renforçant les inégalités sur le marché du travail français.

Louise Tassin souligne que ces employés font face à une précarité qui les pousse à accepter des emplois dans les CRA, où certains adoptent des postures critiques, mais où la peur des sanctions limite leur capacité à se mobiliser. La frustration des équipes des prestataires peut parfois conduire à des comportements portant atteinte aux droits des étrangers retenus.

Enfin, l’enfermement des étrangers dans des lieux similaires à des prisons contribue à leur criminalisation. À l’intérieur des CRA, les policiers se concentrent sur des missions sécuritaires, renforçant cette perception négative. Les travaux de Tassin mettent en lumière la porosité entre immigration régulière et irrégulière, ainsi que les dangers de l’amalgame entre sans-papiers et délinquants.

Source : Louise Tassin, Centre européen de sociologie et de science politique (Cessp).

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