Bataille contre l’élevage intensif en Anjou : des veaux sous cloche avant l’abattoir

Des centaines de veaux sous cloche avant l’abattoir : la bataille contre l’élevage intensif s’installe en Anjou

Des centaines de veaux sous cloche avant l’abattoir : la bataille contre l’élevage intensif s’installe en Anjou

Verrie (Maine-et-Loire), reportage

Irradiés par le soleil du mois d’août, les trois tunnels qui composent le bâtiment d’élevage semblent s’affaisser sous la canicule. À l’intérieur, 200 à 400 veaux sont entassés pour engraisser. Leur avenir est scellé : une grande partie des mâles nés de vaches laitières finira à la boucherie après près de huit mois de vie en bâtiment.

Située à la périphérie de Montreuil-Bellay, en Pays de la Loire, cette région est la première productrice de veaux de boucherie en France. Denkavit, un industriel majeur du secteur, y a établi son siège en 1972. La région compte déjà une cinquantaine d’élevages intensifs, et un nouveau projet porté par des éleveurs sous contrat avec Denkavit pourrait héberger 560 veaux simultanément, soit près de 1 000 par an, selon le dossier déposé en préfecture par la coopérative agricole Terrena. Les veaux seront élevés sur caillebotis, nourris de poudre de lait et de granulés, sans accès à l’extérieur.

Le projet prévoit également l’extraction de 2 500 m³ d’eau par an et l’installation d’une fosse de stockage de 1 300 m³ pour les effluents, qui seront épandus sur des terres agricoles environnantes.

Avis défavorables des communes

Révélé fin juin, ce projet suscite de vives réactions. Deux des trois communes consultées lors de l’enquête publique ont émis un avis défavorable, et une pétition a recueilli 7 500 signatures. L’association « Verrie bad trip » s’est formée pour s’opposer à ce projet.

Benjamin Vandamme, batelier et producteur de miel, déclare : « L’acceptable d’avant n’est plus l’acceptable d’aujourd’hui. On ne peut plus rien contre les fermes à veaux qui existent, mais celle-ci, on peut encore l’empêcher. » Le mouvement d’opposition regroupe des habitants, commerçants, parents inquiets et défenseurs du bien-être animal.

Conséquences environnementales et sanitaires

Les inquiétudes portent aussi sur les risques de pollution. Valène Prunier, vétérinaire, souligne que les cours d’eau du Maine-et-Loire sont déjà saturés en azote à cause de l’épandage d’effluents d’élevage. En 2015, les régions de Bretagne et des Pays de la Loire affichaient des excédents d’azote de plus de 70 kg par hectare. Le projet à Verrie pourrait entraîner une épandage de 101,6 kg/ha.

Les opposants s’interrogent également sur la gestion de 560 bêtes en bâtiment lors de fortes chaleurs. Valène Prunier évoque les conséquences de la canicule sur les animaux, et s’inquiète de la contamination des sols et des eaux par des antibiotiques, une problématique qui pourrait affecter la santé publique.

Un modèle en question

Agathe Gignoux, responsable de l’association CIWF France, souligne que ce projet repose sur un modèle d’élevage intensif qui condamne les veaux. En France, 94 % des veaux destinés à la boucherie proviennent de ce type de production, où ils sont souvent séparés de leur mère peu après la naissance. Ce modèle favorise le stress, la promiscuité et les maladies.

Des initiatives émergent pour proposer des alternatives, comme le dispositif Valomale bio, qui aide les éleveurs à élever les jeunes mâles sous leur mère. Le sort du projet de Verrie est désormais entre les mains du préfet, qui doit se prononcer d’ici fin septembre.

Source : Reporterre

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