« Ils font du pognon sur la vie de nos jeunes » : le combat de ce père pour que TikTok soit reconnu responsable du suicide de sa fille
Publié le 03/09/2026 à 12h09
Temps de lecture : 5 min
Le 29 février 2024, Pénélope, 18 ans, met fin à ses jours. À ses côtés, son téléphone et son ordinateur, sur lesquels ses parents découvrent l’enfer de la boucle de vidéos TikTok dans laquelle la jeune fille s’était retrouvée piégée. Son père, Arnaud Ducoin, s’est engagé dans une lutte pour que la plateforme soit tenue responsable de la tragédie. En cette rentrée 2026, il publie le livre Dérives de TikTok : le combat d’un père.
Arnaud Ducoin a pour mission de « rendre visible l’invisible ». Ce jour tragique, il reçoit un appel glaçant de sa belle-mère, l’informant que sa fille a été retrouvée morte dans sa chambre à Treillières, près de Nantes. « Elle était l’aînée de nos trois enfants adoptés », se souvient-il. « C’était une enfant pleine de vie, qui aimait le sport, qui était rigolote, jolie et très intelligente. »
À ses côtés, ses proches retrouvent un objet dont elle ne pouvait se détacher : son téléphone. « On s’est aperçus de ce qu’elle endurait depuis des mois. » Pénélope était en proie à une addiction à TikTok, comme le révèlent des vidéos découvertes par ses parents sur son ordinateur. « C’est là que j’ai découvert l’horreur de ce qui s’y joue, sur TikTok, des choses que je ne pouvais pas imaginer. »
Passant des heures sur la plateforme, Pénélope, alors âgée de 15 ans, lit des témoignages et des messages qui la confortent dans son mal-être. À chaque défilement de vidéo, elle s’enfonce davantage dans la noirceur du réseau social. Son père constate que son mal-être était aggravé par des troubles du comportement alimentaire et des scarifications.
« Elle a été diagnostiquée borderline », explique-t-il. « On l’a fait suivre par des psychiatres. Elle a même fait des séjours à l’unité de Saint-Jacques-de-Nantes. » Cependant, Arnaud Ducoin est convaincu que TikTok a joué un rôle majeur dans la chute de sa fille. « TikTok n’a pas tué ma fille, mais il lui a fourni la clé pour ouvrir la funeste porte vers l’abîme. »
Dans son livre, il décrit comment l’algorithme de TikTok a enfermé Pénélope dans une « bulle de filtres », où elle a trouvé une communauté partageant les mêmes problématiques. « Ils en viennent à banaliser le suicide », déplore-t-il.
Arnaud Ducoin exige que TikTok soit tenu responsable. « TikTok doit répondre de ses actes. Qu’il soit condamné pour avoir proposé un produit dangereux pour nos jeunes. » Il a rejoint le collectif Algos Victima, qui regroupe plusieurs familles victimes des dérives de la plateforme. Ensemble, ils ont porté plainte contre TikTok pour « abus de faiblesse ». Le parquet a accepté le procès, qui est en cours et devrait être médiatisé.
« Il y a beaucoup d’argent, c’est du pognon. Ils font du pognon sur la vie de nos jeunes », souligne-t-il. Bien qu’il admette que la plateforme n’est pas intrinsèquement néfaste, il considère qu’elle devient un prédateur pour les adolescents en détresse. « Et tout ça, ils le savent, mais ne font rien pour changer les choses. »
Alors que le gouvernement a récemment annoncé l’interdiction des téléphones portables au lycée et a envisagé d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, Arnaud Ducoin ne réclame pas une privation totale d’accès à Internet. « Tant que TikTok ne fera pas le ménage dans son produit, je préfère que les jeunes soient écartés de ce risque. »
Il met également en lumière le Digital System Act (DSA), une loi censée interdire les contenus nocifs sur les réseaux sociaux, qui n’est pas appliquée. « On a tous les outils pour cenr TikTok, et on ne le fait pas ! » conclut-il.
Dans l’attente de mes concrètes, ce livre est un appel à la vigilance. « Pour éveiller à l’importance d’être véritablement libre et non pas pris dans un algorithme. La vraie vie, elle n’est pas là, elle est avec vos amis. »
Si vous ou l’un de vos proches a des pensées suicidaires, appelez le 3114, le numéro national de prévention du suicide (ligne ouverte 24h/24, 7j/7, appel gratuit et confidentiel).
Source : France 3 Régions.

