Bureaux : l’évolution vers l’open space et l’hôtel face à la crise du travail en France

Bureaux : de l’open space à l’hôtel, une fausse solution à la crise du travail

Transformer les bureaux en lieux inspirés de l’hôtellerie et considérer les salarié·es comme des « clients » suffirait-il à résoudre la crise du travail ? Rien n’est moins sûr. Les acteurs de l’immobilier tertiaire multiplient les solutions censées « réenchanter » les espaces de travail afin d’enrayer la désertion des bureaux au profit du télétravail et « réengager » les salarié·es. Toutefois, ces solutions risquent de demeurer superficielles si elles ne s’attaquent pas aux conditions concrètes de réalisation du travail.

Les apports des sciences sociales rappellent que les bureaux ne constituent pas un simple décor, mais participent à structurer l’activité, les relations sociales et le pouvoir d’agir.

Le récit d’un désengagement

Depuis la crise sanitaire, un diagnostic s’est progressivement imposé dans le débat public : les salarié·es se seraient détourné·es du travail. Les expressions de « grande démission » ou de quiet quitting ont circulé au sein des directions d’entreprise et dans certains médias. En 2022, un sondage d’opinion de la Fondation Jean-Jaurès et de l’IFOP a révélé que le travail n’attirerait plus, et que l’effort ne mobiliserait plus, entraînant une volonté de s’éloigner du bureau.

Les sciences humaines et sociales montrent que le problème ne réside pas tant dans une dévalorisation du travail que dans une transformation des attentes à son égard. Ce qui semble s’éroder n’est pas l’attachement au travail, mais la tolérance à certaines conditions de travail : intensification des tâches, perte d’autonomie, contrôle accru, déficit de reconnaissance, sentiment d’incohérence ou d’inutilité. Ces conditions renvoient à une question de soutenabilité du travail, bien plus qu’à une supposée paresse collective. Autrement dit, le travail demeure central, mais ses conditions sont de plus en plus contestées.

La transformation des bureaux en espaces inspirés de l’hôtellerie pourrait être perçue comme une réponse aux défis contemporains, mais elle ne traite pas les enjeux fondamentaux liés aux conditions de travail.

Sources : Édouard Chamblay et Mathieu Lefranc, AOC.

Source

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *