Sècheresse : chez les éleveurs, faute de fourrages, la tentation du « surabattage »
Alors qu’une nouvelle vague de chaleur s’annonce en France, les agriculteurs, déjà éprouvés par les canicules successives et les aléas climatiques, se trouvent dans une situation délicate. Les producteurs de fruits et légumes affichent une mine préoccupée, tandis que les éleveurs, eux aussi, n’ont guère de raisons de se réjouir.
« Le blé commence à se semer le 20-25 septembre en France, la décision c’est maintenant. Le rachat du fourrage (pour ne pas envoyer les bêtes à l’abattoir) c’est maintenant », a déclaré Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, syndicat agricole représentant les grandes exploitations, à la veille des annonces de la ministre de l’Agriculture.
Faute d’eau, les prairies forment un tapis jaune et cassant, rendant impossible le pâturage des vaches, bœufs, veaux et moutons. Au 20 août dernier, selon Agreste, la pousse cumulée des prairies permanentes était inférieure de 36 % à la moyenne observée à cette date entre 1989 et 2018. Les prairies fourragères sont également en déficit dans toutes les régions, avec une perte de plus de 40 % de production annuelle dans le quart nord-est de la France, et le Limousin, une région clé pour l’élevage, enregistrant un déficit de plus de 50 %.
En 2022, lors d’une précédente sécheresse, les éleveurs de bovins avaient « décapitalisé », envoyant plus tôt que prévu leurs animaux à l’abattoir. Cependant, Jean-Pierre Mouret, directeur des achats pour le groupe Beauvallet, observe qu’« pour l’instant, rien n’indique une hausse des abattages ». En effet, bien que 2026 ait franchi des records de sécheresse, les éleveurs ont moins ressenti l’impact cette année grâce à une bonne récolte de fourrages en 2025. Les animaux ont pu subsister jusqu’à mi-août sur les stocks de l’année précédente.
Les choix de gestion des troupeaux pour l’automne et l’hiver ne sont pas encore arrêtés, selon Interbev, l’association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes. Pour les ovins, aucune surmortalité ou surabattage des brebis de réforme n’est observé à ce stade. Toutefois, la situation pourrait évoluer en fonction des conditions climatiques et de la repousse éventuelle des fourrages.
Patrick Benezit, président de la Fédération nationale bovine (FNB), souligne que le niveau de décapitalisation dépendra des signaux du gouvernement. « Pour l’instant ça tient, mais les espoirs de pluie s’amenuisent. Si nous devons acheter 25 millions de tonnes de fourrage à 200 euros la tonne, cela représente rapidement 5 milliards d’euros pour maintenir le cheptel », avertit-il.
La FNB appelle également la ministre de l’Agriculture à débloquer le fonds de solidarité, qui représente 700 millions d’euros par an, financés en partie par les éleveurs eux-mêmes.
Source : Le Parisien

