Quand le CBD devient un piège : des consommateurs témoignent d’intoxications à Marseille
Présentés comme du CBD, certains produits peuvent en réalité contenir des molécules bien plus puissantes. À Marseille, des consommateurs témoignent de violentes intoxications et les autorités alertent sur les risques.
« J’ai commencé à avoir chaud, à me sentir vaseux, je ne pouvais plus bouger. » Ces symptômes sont ceux d’un chef d’entreprise marseillais qui ne s’attendait pas à être intoxiqué par ce qu’il croyait être du CBD. « Je suis un fumeur de CBD très occasionnel. Il y a quelques jours, on m’a fait fumer du CBD. Assez rapidement, j’ai commencé à avoir chaud, à me sentir vaseux, j’ai dû aller m’allonger sur un canapé, je ne pouvais plus bouger. J’étais vraiment scotché, je ne pouvais plus réagir », se désole-t-il. Ce malaise a duré une heure avant de s’estomper.
Selon plusieurs études, entre 6 et 10 millions de Français consomment du cannabidiol, plus communément appelé CBD. Utilisé pour se relaxer et comme traitement pour certaines maladies, il est en vente libre dans de nombreuses enseignes comme les tabacs, certaines pharmacies et magasins spécialisés. Pourtant, certains de ces produits seraient aussi dangereux pour la santé.
Sous forme de fleurs, de résine ou de produits à ingérer, le CBD est légal en vente libre, et sa diffusion est en plein essor depuis cinq ans. Aujourd’hui, plus de 4 000 boutiques spécialisées existent en France, dont 600 dans les Bouches-du-Rhône. Certaines n’hésitent pas à proposer des dérivés beaucoup plus puissants. C’est le cas dans certains magasins du centre-ville de Marseille, où nos équipes sont allées en caméra cachée. « Tout ce qui est là, la résine, tout ça c’est fort », déclare le gérant. Quand on lui demande s’il s’agit toujours de CBD ou des molécules, il déclare : « Le THV, ce sont des molécules. Ça fait deux ans qu’on bosse avec. Et là, l’effet je te le garantis. »
Apparues il y a deux ans, ces molécules, telles le THV, sont modifiées chimiquement pour en augmenter les effets. Elles représentaient déjà l’an dernier 30 % des analyses effectuées par les douanes. Impossible à l’œil nu ou à l’odeur de les différencier, même pour un fumeur expérimenté. Un jeune homme, Quentin, témoigne : « Le CBD, c’est quotidien. J’ai eu une seule mauvaise expérience avec du CBD où c’est parti en crise d’angoisse, tachycardie et à ce moment-là précis, j’ai cru que j’allais faire un malaise. » Sur le tube du produit, les inscriptions indiquaient : super zombie joint, deux fois plus fort. Acheté en bureau de tabac, Quentin ne se doute de rien.
Deux agences nationales, l’Anses et l’ANSM, ont alerté le public sur la dangerosité de ces substances. « Depuis début 2024, plusieurs centaines d’intoxications ont été recensées chez des personnes ayant consommé des produits présentés comme contenant du CBD. Très souvent, la composition annoncée, notamment sur les étiquettes, ne correspond pas à la composition réelle du produit acheté », déclarent les agences. Les symptômes rapportés sont variés et parfois graves.
La clinique spécialisée dans l’addiction Saint-Barnabé accueille des patients victimes de ces intoxications. « Ce sont des personnes qui vont décrire des effets plus importants que le THC lui-même, avec peut-être des hallucinations parfois. C’est brutal et surtout, ils n’y attendent pas, ils ne sont pas du tout préparés à ça », explique Marion Zami, médecin addictologue à la clinique. Elle a déjà proposé à plusieurs reprises à des patients d’envoyer des échantillons pour analyses.
Plus de transparence, de traçabilité, c’est le choix fait par Emmanuel Grigore, fondateur des magasins La Kali CBD. Il lance dans quelques jours une application destinée à ses clients, permettant de retrouver la fiche d’analyse de chaque produit, mentionnant son taux de CBD, son taux de THC, ainsi que les autres types de molécules. En plus des denrées alimentaires contenant du cannabidiol, cinq familles de dérivés du CBD ne sont déjà plus autorisées à la vente en France. D’autres interdictions sont en discussion.
Propos recueillis par Gilles Ammar/FTV
