Babal, artiste camerounais, se distingue par son succès en streaming malgré des critiques.

BABAL: l’artiste camerounais «incompris» qui cartonne en streaming

Phénomène digital au Cameroun depuis quelques mois, l’artiste BABAL domine les charts avec un univers visuel et sonore unique. En marge de la présentation de son nouvel EP, il évoque entre autres la vision d’un artiste incompris et la place de l’IA dans la création artistique.

C’est dans le parking souterrain d’un hôtel de Bonanjo, le quartier administratif de la ville de Douala, que le jeune créatif et sa bande ont choisi de planter le décor de son univers bien à lui. Du vert comme ton de base, des faisceaux lumineux rouge passion et des fleurs pour sublimer l’éclat de la présentation de son nouvel EP Les Jolies Écoutent XX, devant des invités privilégiés parmi lesquels des artistes comme le groupe Beri Boys Club ou le chanteur King Luca. Pour pousser le symbolisme au bout, l’évènement avait comme heure de début « 17h17 », l’heure fétiche à laquelle il sort ses chansons et annonce des infos importantes à sa fidèle communauté. Sur scène avec ses guests, le jeune homme svelte apparaît plusieurs fois dans des tenues différentes dans le style oversize, mais toujours avec un accessoire vissé à son identité depuis le début : une cagoule, parfois marquée du symbole « XX ».

Un univers particulier

« La cagoule, parce que les messages que je veux véhiculer dans ma musique sont plus importants que le messager derrière, qui devrait pouvoir marcher librement dans la rue, sans que BaBal ne soit reconnu » soutient-il. Derrière la cagoule se cache un homme sensible.

À travers la formule Les Jolies Écoutent XX qui pourrait rappeler le slogan légendaire « Ladies Love Cool James » du rappeur américain LL Cool J, BABAL fait un clin d’œil aux femmes : « Le cycle de féminicides qu’on observe actuellement au Cameroun interpelle et c’est quelque chose qui a habité mon esprit en écrivant ce projet » justifie-t-il. Dans ce cinquième EP de sa carrière, les featurings sont féminins et les titres sont orientés sur les femmes : « Hannah Montana » avec la chanteuse Kaen, « Love S&M » avec Forbin Audrey, « My Good Bad Girl » avec la rappeuse Black Coco, « Les meilleurs partent les premiers » qui célèbre la valeur des matriarches gardiennes des traditions, et « Totally Spies » qui parle de la dépression et du suicide chez les femmes abusées.

Une identité forte

Avant BABAL, il y avait un jeune Camerounais ordinaire, rêvant d’être footballeur, astronaute ou chef cuisinier. Mais c’est la musique qui prend le dessus il y a dix ans. Après plusieurs projets peu remarqués, le 21 mai 2026 sort l’EP éponyme B.A.B.A.L.png : « Je me suis toujours considéré comme quelqu’un de différent, un esprit à part. Mais le projet B.A.B.A.L.png qui est très personnel a fini par plaire à tout un pays, et traverse même les frontières nationales. Au finish je ne suis peut-être pas si différent que ça. »

En quelques jours, le projet se hisse au top du chart 200 Apple Music au Cameroun et y reste des semaines, déclassant des artistes tels que Fally Ipupa, Gims, Burna Boy ou Himra. Son impact est réel, tous les médias en parlent, sa viralité sur les réseaux sociaux est inévitable et il se retrouve sur la scène du concert de MIMIE au Palais des congrès de Yaoundé en juillet 2026.

La recette ? Un univers sonore jazzy, électro, rock, soul, afrofusion, où l’on identifie une hybridation entre Stromae et Yamê, avec des refrains entraînants et des thématiques souvent tristes. « De l’art incompris », comme il dit.

Dans un pays où les titres à buzz ont récemment été du registre mbole, il est surprenant de constater que les Camerounais apprécient ce genre de musique, ce qui témoigne d’une diversité dans la consommation locale, selon Gervais Ngongang, producteur d’artistes. L’EP B.A.B.A.L.png s’accompagne d’un langage sur me pour les habitués de l’univers informatique, avec des titres qui se nomment comme des extensions de fichiers, et même un morceau nommé « CTRL+Z » qui rappelle que la vie n’a pas de bouton rewind.

BABAL, c’est de l’IA ?

La résonance globale de sa musique, avec un mixage ultra-léché et des arrangements d’une précision presque chirurgicale, suscite des interrogations sur l’usage d’une intelligence artificielle générative. D’après une étude réalisée par Deezer et IPSOS, 97 % des gens sont incapables de reconnaître l’intervention de l’IA dans une musique. De son côté, l’artiste affirme que son travail est humain et qu’aucun prompt n’a été utilisé à la place de sa voix : « ce qu’on fait c’est de l’art. Et l’art a ceci de beau que c’est subjectif », déclare-t-il.

« Je n’ai pas de formule mathématique aujourd’hui pouvant expliquer le succès de l’EP B.A.B.A.L.png. Ma règle est : fais ce que tu aimes jusqu’à ce que les gens finissent par suivre », conclut-il.

BABAL B.A.B.A.L.png (La confrérie) 2026

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Source : RFI

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