Dans l’armement, on trouvera du travail pour les 30 prochaines années : les industriels de la défense courtisent les jeunes ingénieurs
Face à la montée des tensions internationales et à la volonté de réarmement, le secteur de la défense multiplie les efforts pour attirer les futurs ingénieurs. À Supaéro, à Toulouse, les étudiants sont approchés dès leur formation.
Le réarmement de l’Europe se joue aussi dans les écoles d’ingénieurs. À l’heure où la France cherche à renforcer ses capacités militaires, les industriels veulent attirer les meilleurs profils. Les étudiants sont donc courtisés pour intégrer les rangs de ces entreprises de l’armement, comme à Toulouse, à l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace, Supaéro, qui compte parmi ses anciens élèves un certain Thomas Pesquet.
Quand on entre sur le campus de Supaéro, on ne peut pas rater cet avion de chasse grandeur nature, exposé devant le fablab. Dans cet atelier destiné aux projets personnels des étudiants, les imprimantes 3D tournent en continu. Thomas, 21 ans, y a fabriqué un drone avec ses camarades. « C’est un drone militaire », explique le jeune homme, « dont le but était l’interception de drones ennemis. Notre but à nous, c’était d’avoir un drone pas cher, entièrement fait ici pour les militaires. »
Pour cet étudiant en première année, c’est un avant-goût de sa future carrière d’ingénieur, qu’il veut consacrer à la défense. « Depuis le lycée, j’ai toujours voulu servir mon pays. Mes compétences sont celles d’un ingénieur, donc, je les mets au service de mon pays et de l’armée, parce que c’est un milieu que je connais extrêmement bien. C’est un milieu dans lequel je sais qu’il y a un manque profond d’effectif. »
C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a choisi Supaéro, un établissement sous tutelle du ministère des Armées. C’est pour cela aussi qu’il a intégré le club défense, lancé il y a deux ans. Pour Victor, 20 ans et président du club, ce sont surtout les applications technologiques qui l’intéressent. « C’est un peu la pointe de la technologie dans énormément de domaines et c’est ça qui est intéressant. »
Victor explique que les projets dans le secteur de l’armement sont nombreux et bien financés. « Quand on voit les demandes pour l’armement, on se dit que c’est là où on devrait aller, parce qu’on trouvera du travail et on aura de quoi faire pour les 30 prochaines années. » Thales, Dassault, Airbus, et Safran sont les entreprises qui peuvent faire rêver ces étudiants.
Cependant, des réticences existent. Dans l’école voisine, à l’INSA, des étudiants se sont mobilisés contre l’intervention d’industriels. Une conférence d’Airbus Defense a même été annulée après des manifestations du collectif antimilitariste INSA en Lutte. Émile, porte-parole de ce collectif, souligne que la dimension éthique l’emporte sur les perspectives d’emploi. « C’est le seul secteur où l’emploi est quasiment garanti et c’est très fortement mis en avant. »
Pour Damien Roque, professeur à Supaéro et référent défense, cette défiance vis-à-vis du secteur a tendance à s’amoindrir. « Les élèves s’y orientent semble-t-il plus volontiers. Les étudiants peuvent ressentir une certaine gravité à la situation et souhaitent se mobiliser au profit de ces missions qui sont souveraines. » Actuellement, 9 métiers sur 10 dans le secteur de la défense sont en tension.
Pour convaincre les jeunes ingénieurs, les industriels mettent en avant non seulement des salaires attractifs, mais aussi des mes comme la semaine de quatre jours ou des congés supplémentaires. Chez MBDA, fabricant de missiles à Bourges, tout l’enjeu est de faciliter l’installation de nouveaux salariés. « Nous devons continuer à faire connaître MBDA et aller chercher des profils qualifiés », explique Coralie Guerton, responsable de l’attractivité.
La concurrence entre entreprises est réelle, car la France ne forme pas assez d’ingénieurs. Il en faudrait au moins 20 000 de plus par an pour répondre aux besoins de tous les secteurs.
Source : Franceinfo
