La Corse : l’île qui hérite et n’habite plus
La Corse, avec ses 313 323 parcelles cadastrales dont les propriétaires sont aujourd’hui présumés décédés, fait face à un paradoxe immobilier unique en France. Environ 30 % du parcellaire total est concerné, avec des propriétaires souvent nés avant 1910. Cette situation résulte de deux siècles d’un régime fiscal dérogatoire instauré par les arrêtés Miot de 1801, récemment prolongé par la loi Panunzi jusqu’en 2037.
Sur le littoral, la situation est particulièrement marquée : plus de 70 % des résidences sont des résidences secondaires, et le taux de vacance résidentielle est très faible, atteignant 1,4 % à L’Île-Rousse-Balagne et 2,1 % en Sud Corse. À l’inverse, l’intérieur de l’île, notamment à Sartène, connaît une vacance de 15 %, en hausse de 54 % sur cinq ans. À l’échelle de la Corse, le taux de vacance est le plus bas de France, à 3,2 % contre 8,2 % en moyenne nationale.
Le Groupement d’intérêt public chargé de la reconstitution des titres de propriété en Corse (GIRTEC) avance qu’il progresse à un rythme de 300 titres reconstitués par an, alors qu’il reste plus de 300 000 parcelles à régulariser. À ce rythme, le désordre foncier en Corse ne serait apuré qu’à l’horizon du XXIIe siècle, poussant les jeunes Corses à émigrer vers le continent, exclus du littoral par les prix et de l’intérieur par les indivisions.
Cette situation souligne une dynamique géoéconomique complexe, où un dispositif fiscal censé protéger les Corses a entraîné une dépossédé de leur foncier au profit d’une captation littorale. Les jeunes générations se trouvent ainsi contraintes de quitter leur terre natale, accentuant le vieillissement de la population et la désertification des villages historiques.
Sources : GIRTEC, INSEE.
