Marine Le Pen remet l’immigration et l’identité au cœur du débat présidentiel
PARIS – Marine Le Pen a relancé le débat sur l’immigration et l’identité en proposant d’infliger une amende aux femmes musulmanes portant le voile islamique en public, si elle accède au pouvoir. En appelant à un référendum sur cette interdiction, elle établit une position claire pour le Rassemblement national (RN), parti d’extrême droite, alors que la campagne présidentielle de 2027 prend forme.
« Je soumettrai aux Français par référendum une grande loi de lutte contre les idéologies islamistes avec de nombreuses mes puissantes, y compris la pénalisation du voile islamiste dans l’espace public », a déclaré Marine Le Pen sur X.
Cette proposition n’est pas nouvelle. Le Pen avait déjà plaidé pour l’interdiction du voile islamique dans les lieux publics lors de sa campagne présidentielle de 2012 et a réitéré son engagement lors de l’élection précédente, la présentant comme un moyen de lutter contre l’islamisme radical au nom de la libération des femmes.
Le Pen force ses rivaux à se prononcer sur l’un des thèmes majeurs de l’extrême droite, alors que les partis se positionnent en vue de 2027. Cette initiative intervient alors qu’un sondage Elabe récemment publié la désigne comme grande favorite de la course présidentielle, prédisant qu’elle l’emporterait à chaque second tour face à des candidats de l’extrême gauche, des socialistes, du camp centriste de Macron et de la droite conservatrice.
La France compte l’une des plus importantes populations musulmanes d’Europe, estimée entre 3,3 et 5 millions de personnes, selon un rapport du Sénat de juillet 2020, bien qu’il soit difficile d’établir des chiffres précis en raison des restrictions légales sur les statistiques fondées sur l’origine ethnique ou la religion.
Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, a qualifié cette proposition d’« ignoble », accusant le RN de céder à des « obsessions sexistes et islamophobes ». Le député vert Benjamin Lucas a également critiqué cette initiative, affirmant que le RN revenait à ses vieux thèmes identitaires, alors que le débat de début de campagne s’est concentré sur l’économie, un domaine où Le Pen n’a pas de propositions concrètes.
Le gouvernement centriste s’interroge sur la capacité de cette me à passer un examen juridique, sa porte-parole Maud Bregeon soulignant des « réserves évidentes » quant à sa constitutionnalité et sa mise en œuvre pratique. Édouard Philippe, candidat du centre-droit, a affirmé que les lois existantes concernant le port du voile sont suffisantes.
La laïcité, inscrite dans la Constitution française, demeure un sujet de controverse dans le débat politique. Jean-Louis Bianco, ancien directeur de l’Observatoire de la laïcité, a averti que la laïcité est de plus en plus « instrumentalisée » pour stigmatiser les musulmans.
Jordan Bardella, président du RN, a tenté de tempérer la polémique, précisant qu’une interdiction ne serait pas mise en place immédiatement après une victoire électorale. Il a indiqué que le parti organiserait un référendum sur l’idéologie islamiste, incluant le port de symboles religieux en public, après un premier référendum sur l’immigration.
(Source : Le Monde, BFMTV, rapport du Sénat)

