Ekibastouz : un projet de data center colossal alimenté par le charbon
À Ekibastouz, dans le bassin minier au nord du Kazakhstan, la ville de 100 000 habitants s’apprête à voir son ciel se ternir davantage. Un vaste complexe de data centers, nommé « Data Center Valley », est prévu pour être implanté dans cette région. Celui-ci sera dédié à l’hébergement de milliers de serveurs destinés à des applications d’intelligence artificielle (IA) et à la fourniture de puissance informatique à des entreprises internationales.
À pleine capacité, ce campus pourrait consommer jusqu’à 9 térawattheures d’électricité par an. Le premier centre, d’une puissance de 50 mégawatts—l’équivalent de la consommation de la ville d’Ekibastouz—devrait entrer en service en 2027. Toutefois, le Kazakhstan fait face à une crise énergétique, le ministère de l’Énergie reconnaissant que « la croissance économique et industrielle du Kazakhstan dépasse le rythme de mise en service et de modernisation des capacités de production électrique ».
Le choix d’Ekibastouz n’est pas anodin. La ville abrite l’une des plus grandes mines de charbon à ciel ouvert au monde, la mine de Bogatyr, dont la superficie est comparable à celle de la ville de Lyon. D’ici 2032, la production de l’entreprise Bogatyr Komir, qui exploite la mine, devrait passer de 42 millions de tonnes à plus de 56 millions de tonnes par an.
Ce projet soulève des questions quant aux engagements du Kazakhstan vers une émission nette nulle d’ici 2060. À pleine capacité, le parc de data centers brûlera plus de 5 millions de tonnes de charbon chaque année, ce qui est jugé incompatible avec les objectifs de neutralité carbone. La combustion du charbon est en hausse, représentant la majorité de la production électrique du pays.
La qualité du charbon d’Ekibastouz est également préoccupante en raison de sa forte teneur en cendres, pouvant atteindre jusqu’à 43 %. Cela entraîne une nécessité de brûler davantage de charbon pour obtenir la même quantité d’énergie, augmentant ainsi la gestion des déchets produits.
Des études montrent que la région d’Ekibastouz est déjà parmi les plus polluées du Kazakhstan, avec des taux de cancers supérieurs à la moyenne nationale. En 2023, une étude de l’ONG tchèque Arnika a révélé des concentrations alarmantes de dioxyde de soufre et de dioxyde d’azote dans l’air.
Le projet nécessite également une grande quantité d’eau, estimée à plus de 2 000 m³ par jour, pour le refroidissement des serveurs. Cette eau sera prélevée dans un canal alimenté par l’Irtych, un fleuve dont le débit est déjà menacé par l’augmentation des prélèvements en amont.
Malgré l’ampleur du projet, de nombreux habitants d’Ekibastouz ne sont pas informés des implications environnementales. Les études d’impact environnemental, bien que requises, n’ont pas encore été publiées, suscitant des inquiétudes sur la transparence du projet.
Source : Reporterre

