La morale du soupçon de l’IA visuelle soulève des questions sur l’image sociale.

La morale du soupçon de l’IA visuelle – L'image sociale

La morale du soupçon de l’IA visuelle : émergence d’une nouvelle iconophobie

L’arrivée de l’intelligence artificielle (IA) visuelle a engendré une nouvelle forme de méfiance envers les images, désignée sous le terme d’iconophobie. Cette tendance perçoit les images synthétiques comme fondamentalement trompeuses, s’appuyant sur une culture photographique qui a ancré l’idée de l’image comme preuve.

Depuis 2022, la généralisation des technologies de synthèse visuelle a suscité une crise des images, marquée par un discours alarmiste dénonçant les « fausses images ». Ce phénomène s’inscrit dans un contexte plus large de résistance face à l’essor des applications d’IA générative, telles que les chatbots. Paradoxalement, la production d’images de synthèse rappelle des pratiques de composition qui ont prévalu dans la culture visuelle depuis la préhistoire, où la représentation mimétique n’a suscité que peu de réactions iconophobes, excepté dans des cas liés à la figuration du divin ou à des contestations politiques.

L’essor de l’IA visuelle a provoqué des résistances au sein des professions graphiques, affectées par l’automatisation. Ces réactions diffèrent cependant de la condamnation morale qui entoure le récit des nouvelles images, souvent considérées comme intrinsèquement trompeuses. Fred Ritchin, critique d’art, souligne que « chaque mensonge peut désormais s’accompagner de preuves convaincantes ».

Ce discours de méfiance est accentué par des vidéos, comme celle de Gaëtan Santana, qui alerte : « Tu ne peux plus croire ce que tu vois. car maintenant la réalité se fabrique. Reste vigilant ! » Dans cette vidéo, Santana change d’apparence, empruntant les traits de diverses personnalités, illustrant ainsi la manipulation des images.

La réaction des commentateurs face à l’IA visuelle semble rompre avec l’histoire des images, où la notion de « preuve » est désormais interprétée à travers le prisme de la culture photographique. Ces préoccupations rappellent les inquiétudes des débuts de la numérisation des images dans les années 1990, alors que l’usage trompeur de l’IA sur les réseaux sociaux nourrit le doute envers les images d’origine incertaine.

L’élément clé de cette discussion réside dans l’omission d’une distinction cruciale : « la réalité se fabrique » efface la médiation visuelle. L’historien d’art Hans Belting évoque que toute condamnation iconoclaste repose sur la distinction entre vraies et fausses images. Cette croyance dans la transparence des images optiques semble désormais remise en question.

Cette crise des images, bien que marquante, pourrait s’avérer passagère. La normalisation des images synthétiques est déjà en cours, orientée vers des usages illustratifs, proposant un style reconnaissable plutôt que le simulacre du photoréalisme. Les acteurs perçoivent ces images comme des médiums du rapport au réel, tout en craignant que leur confiance soit abusée.

Source : AOC Media, 1er juin 2026.

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