Sur le plateau de Millevaches, des pharmaciens sanctionnés pour leur démarche antigaspi
Bugeat (Corrèze), reportage — Un couple de pharmaciens de la Corrèze, Antoine Prioux et Eliza Castagné, a été condamné à une interdiction d’exercer de deux mois par le conseil de l’Ordre des pharmaciens, à compter du 1er septembre 2026. Cette sanction fait suite à un article publié par Mediapart en 2024, qui relatait leur méthode de délivrance à l’unité de médicaments souvent en rupture de stock ou à risque d’addiction.
La pharmacie de Tarnac, gérée par Antoine Prioux, fermera temporairement, tandis que celle d’Eliza Castagné à Bugeat continuera de fonctionner avec l’aide de deux remplaçants, attirés par l’écosystème de soins mis en place par le couple. Emmanuel Martialot, un voisin de la pharmacie, a exprimé son indignation : « Si la pharmacie fermait, ce serait comme vivre sans eau ni électricité. »
La pratique de délivrance à l’unité, bien que jugée sensée pour éviter le gaspillage et prévenir les risques d’addiction, est limitée par la loi française. Elle n’est autorisée que pour certains médicaments classés comme stupéfiants ou en cas de pénurie exceptionnelle.
Fermeture d’une des deux pharmacies
Depuis son ouverture, la pharmacie de Bugeat a dû commander les trois seules boîtes d’aspirine disponibles, en rupture de stock depuis mai 2026. Antoine Prioux a dénoncé l’absurdité de la situation : « Les laboratoires conditionnent les médicaments de telle façon que c’est rare qu’on tombe sur le nombre pile. Cela force à vendre une deuxième boîte qui sera à peine entamée. Écologiquement, c’est aberrant. »
Antoine avait acquis sa pharmacie en 2024 pour éviter sa fermeture, soulignant l’importance de maintenir une pharmacie dans une zone rurale pour favoriser l’installation de médecins. Patrick Spitz, un patient de 78 ans, a également exprimé ses craintes face à cette situation, affirmant que cela nuirait à la communauté.
Sans l’officine de Sornac, les patients âgés et précaires se retrouvent sans point de vente de produits de santé dans un rayon de 25 km. Antoine Prioux a déclaré que cela pourrait entraîner une aggravation des situations de santé et une augmentation de la consommation de médicaments.
Un écosystème de soins
Le couple est au cœur d’un réseau de santé, Millesoins, créé pour attirer des professionnels de santé sur le plateau. Catherine Prioux, mère d’Antoine et ancienne médecin généraliste, a contribué à cette initiative en 2011. Le réseau permet un suivi partagé des patients entre les différents professionnels de santé.
Eliza Castagné, en réponse à la condamnation, a précisé qu’ils ne distribuent plus les médicaments à l’unité en dehors du cadre légal. Leur méthode consistait à facturer une boîte entamée et à redistribuer les surplus aux patients suivants, tout en maintenant une traçabilité rigoureuse.
Laurène Vialle, une cliente, a soutenu cette approche, affirmant qu’elle limitait les pénuries de médicaments, surtout pour les enfants qui tombent souvent malades en même temps.
Conclusion
La situation des pharmaciens de Bugeat soulève des questions sur la législation entourant la délivrance des médicaments et l’accès aux soins dans les zones rurales. Alors que la santé publique est mise en avant, la fermeture temporaire de ces pharmacies pourrait avoir des conséquences significatives pour les habitants de la région.
Source : Mediapart, 2024.

