L’école de demain doit remettre la compétence au cœur du système éducatif
L’école devait transmettre des compétences, les diplômes devaient les attester. En inversant cette logique, nous avons affaibli la formation et créé un décalage durable avec les besoins de l’emploi. Aujourd’hui, les parcours sont souvent évalués à partir d’indicateurs simples tels que le diplôme, l’intitulé de poste ou le nombre d’années d’expérience. Ces repères, bien que pratiques, ne répondent pas à la question cruciale : que sait réellement faire une personne, dans quelles situations et avec quel degré d’autonomie ?
Le diplôme doit redevenir la preuve d’un apprentissage
Historiquement, l’école avait pour mission de transmettre des connaissances et des méthodes, le diplôme venant ensuite attester cette acquisition. Cependant, cette dynamique s’est inversée. Les étudiants visent d’abord le titre qui leur ouvrira des portes, souvent au détriment de l’acquisition de compétences visibles. Bien que le diplôme soit un repère collectif utile, il ne reflète pas toujours les compétences réelles des individus. Par conséquent, deux titulaires d’un même diplôme peuvent avoir des aptitudes très différentes.
Le CV décrit le passé plus qu’il ne révèle les capacités
Le marché du travail prolonge cette logique. Un CV se compose principalement d’une succession de diplômes, de postes et de durées, mais il ne précise pas ce qui a été appris ni à quel niveau. Une longue ancienneté peut signifier une expertise, mais aussi la répétition de tâches similaires, tandis qu’une mission courte peut aboutir à une progression intense.
Construire un passeport de compétences vérifiables
Une solution pourrait être d’introduire un passeport personnel de compétences, qui serait portable et vérifiable. Ce document ne devrait pas se limiter à une liste de qualités, mais relier des capacités à des preuves concrètes : réalisation de projets, évaluations et recommandations. Les établissements éducatifs pourraient certifier les acquis académiques et pratiques, tandis que les entreprises attesteraient des capacités mobilisées lors des missions.
Passer des profils idéaux aux activités réelles
Pour les entreprises, cette approche transformerait le processus de recrutement. Plutôt que de se concentrer sur un candidat idéal avec un diplôme précis et un certain nombre d’années d’expérience, les offres d’emploi pourraient décrire les activités à accomplir et les résultats attendus. Cela permettrait une meilleure adéquation entre les besoins réels et les compétences démontrées.
Donner à l’école un nouvel outil de pilotage
Les étudiants pourraient mieux visualiser leurs acquis et leurs lacunes, les enseignants pourraient relier chaque apprentissage à des capacités observables. Les établissements seraient incités à mer non seulement la réussite aux examens, mais aussi la progression réelle des étudiants.
Cette évolution nécessite des garanties pour éviter que le passeport de compétences ne devienne un outil de surveillance ou un filtre automatisé. Chaque individu doit pouvoir gérer ses données, choisir ce qu’il partage et faire reconnaître de nouveaux acquis. La décision humaine doit rester centrale.
En rétablissant la cohérence entre l’école, l’individu et l’entreprise, il serait possible de mieux former, mieux recruter et rendre le travail plus performant et motivant.
Source : Journal du Net

