Niger : Les bless cachées de l’armée émergent après la mutinerie
Soixante-douze heures après la mutinerie, Niamey demeure sous étroite surveillance. Bien que les compagnies de transport terrestre aient repris leurs activités, l’accès à la capitale reste fortement contrôlé. À la présidence, des soldats filtrent les accès avec des détecteurs de métaux, tandis que des véhicules équipés de mitrailleuses sont déployés le long des rues menant au palais présidentiel. Un dispositif similaire est en place aux abords de l’aéroport et de la Télévision nationale.
Des soldats dénoncent un manque criant de moyens
Les témoignages de militaires déployés sur le terrain mettent en lumière de profondes difficultés opérationnelles. Un soldat en poste dans la région de Tillabéry évoque notamment le manque d’équipements, de moyens de transport et d’appui aérien face à des groupes armés très mobiles.
Il déclare : “En cas d’attaque, quand on demande un appui aérien, c’est compliqué. Les terroristes sont à moto et nous en véhicules de type 4×4. Trois véhicules contre une vingtaine ou une centaine de motos, c’est difficile de les rattraper. Même si nos chefs nous disent qu’ils ont commandé l’équipement adapté, on souffre quand même. Parfois, on se dit que c’est peut-être la dernière mission, mais on le fait pour le pays.”
Le malaise s’exprime également sur le plan financier. Un autre militaire souligne la faiblesse des soldes versées aux soldats du rang. La rémunération mensuelle d’un militaire de deuxième classe oscille entre 22 000 et 25 000 francs CFA, ce qui alimente un sentiment de frustration parmi certains membres des forces armées.
Une armée confrontée à des problèmes de cohésion
Pour Abdoulaye Sounaye, spécialiste du Sahel, cette mutinerie met en évidence des faiblesses structurelles au sein de l’appareil militaire. Il souligne le contraste entre les moyens dont dispose la garde présidentielle, l’unité la mieux équipée du pays, et ceux des soldats engagés sur les différents fronts.
L’expert estime également qu’il y a un besoin urgent de discipline et d’unité au sein de l’armée nigérienne.
Un risque sécuritaire accru
Nina Wilén, directrice du programme Afrique à l’Institut Egmont de Bruxelles, avertit que les principaux bénéficiaires de cette crise pourraient être les groupes djihadistes actifs dans la région. Elle souligne que la fragmentation interne au sein de l’armée pourrait accentuer les menaces existantes.
Bien que le gouvernement as avoir repris le contrôle de la situation, les causes profondes du malaise demeurent. Tant que les frustrations au sein des rangs ne seront pas résolues, le spectre de nouvelles tensions continuera de planer sur le Niger, alors que l’insécurité continue de gagner du terrain dans plusieurs régions du pays.
Source : Deutsche Welle

