Quand la fiction devient une preuve
Le film La Bataille de Gaulle, réalisé par Antonin Baudry, a suscité un vif débat en France, atteignant plus de 5 millions d’entrées cet été. Ce diptyque présente l’Allied Military Government of Occupied Territories (AMGOT) comme un des enjeux majeurs du Général De Gaulle. Cette représentation soulève des questions sur la manière dont la fiction peut influencer la perception historique et actuelle des événements.
L’AMGOT, une structure de l’administration militaire alliée, était destinée aux territoires libérés ou occupés. Roosevelt, méfiant envers De Gaulle, avait envisagé que l’administration des territoires puisse échapper temporairement aux gaullistes. Des billets de banque en francs, sans mention de la « République française », furent même imprimés aux États-Unis et circulèrent brièvement en Normandie. Ces éléments, bien que basés sur des faits historiques, sont dramatisés dans le film.
Cependant, des historiens comme Jean-Louis Crémieux-Brilhac ont noté que la menace de l’AMGOT relevait en partie d’un fantasme collectif, amplifié par l’hostilité de Roosevelt à l’égard de De Gaulle. En décembre 1943, Eisenhower avait assuré au Général qu’il ne reconnaîtrait d’autre autorité en France que la sienne, rendant ainsi l’hypothèse d’une administration américaine caduc après le Débarquement.
Julian Jackson, historien et conseiller sur le film, a résumé la situation en affirmant que l’idée d’une administration américaine n’était pas totalement fausse, mais qu’elle était simplifiée et dramatisée dans le film. Ce phénomène soulève des inquiétudes lorsque des figures publiques, comme Michel Onfray et Florian Philippot, interprètent cette fiction comme une archive historique, l’utilisant pour soutenir des récits contemporains.
Ce mécanisme de transition entre le passé et le présent, où des faits réels sont amalgamés à des interprétations fictionnelles, pose la question de l’usage de la fiction dans le discours public. Au lieu d’éclairer l’Histoire, le film devient un outil pour renforcer des convictions préexistantes.
Source : Conspiracy Watch

